Nouvelle-Calédonie : L’accord de Bougival signé sans nous!
« Ouvrir le corps électoral, c’est effacer le peuple kanak. Sans nous, il n’y aura pas de paix durable»
Le prétendu « accord historique » signé à Bougival entre l’État français, des représentants indépendantistes et loyalistes n’a rien d’un progrès. C’est un texte arraché à huis clos, dans le dos du peuple kanak, sans mandat des bases, sans consultation des clans, des jeunes ou des instances coutumières.
On nous promet un « État de la Nouvelle-Calédonie »… dans la République. Une formule bancale, ambiguë, qui travestit la réalité : la dépendance perdure, et la souveraineté reste entre les mains de Paris. La « nationalité calédonienne » proposée n’a ni statut ni substance réelle – un leurre de plus dans une longue série de demi-mesures coloniales.
Mais c’est l’ouverture du corps électoral qui cristallise notre refus. Ce point essentiel, garant de notre droit à l’autodétermination, est piétiné. En donnant le droit de vote aux nouveaux arrivants, on enterre la reconnaissance du peuple kanak comme peuple colonisé, porteur d’un droit spécifique. On dilue notre voix. On prépare le verrouillage définitif de toute perspective d’indépendance.
La jeunesse kanak, qui s’est levée en mai 2024, n’est même pas mentionnée dans ce texte. Elle est oubliée, ignorée, alors qu’elle incarne notre avenir. Cet accord n’apporte ni solution ni paix : il ajoute à la colère et à l’injustice.
Le peuple kanak ne s’est jamais vu offrir l’indépendance sur un plateau. Chaque avancée a été conquise par la lutte. Ce texte de Bougival ne nous engage pas. Il ne répond à aucune de nos exigences. Il n’a aucune légitimité.
Nous appelons à la mobilisation, à la discussion dans les tribus et les quartiers, et à la reconstruction d’un projet indépendantiste fidèle à nos valeurs. L’autodétermination n’est pas une faveur : c’est un droit fondamental. Tant qu’il ne sera pas respecté, notre combat continuera.
Aaron depuis Nouméa pour le Journal du Pays
