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Guinée-Bissau : Voyage controversé du ministre sénégalais des Armées: Vers une ingérence électorale de novembre ?

Guinée-Bissau : Voyage controversé du ministre sénégalais des Armées: Vers une ingérence électorale de novembre ?

Le général Birame Diop, ministre sénégalais des Forces armées, est attendu ce jeudi 18 septembre 2025 à Bissau, pour une visite officielle de deux jours. Officiellement, il s’agit de renforcer la coopération bilatérale entre le Sénégal et la Guinée-Bissau dans les domaines de la défense et de la sécurité. Mais au-delà des discours diplomatiques, cette mission arrive dans un contexte hautement sensible, à quelques semaines des élections présidentielles et législatives du 23 novembre 2025.

Lors de son séjour, Diop rencontrera son homologue bissau-guinéen, Chico Lopes, pour discuter des enjeux sécuritaires régionaux, mais aussi le président autoproclamé Umaro Sissoco Embaló. Cette rencontre a rapidement attiré l’attention, suscitant interrogations et suspicions, notamment au sein de l’opposition et de certaines factions du pays.

Des tensions grandissantes à l’approche des élections

Le timing de cette visite, à un mois des élections, soulève de nombreuses questions. En Guinée-Bissau, le climat politique est particulièrement tendu. Le retour annoncé de Domingos Simoes Pereira, le leader du PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), donne un tour décisif à la campagne. Pereira, ancien Premier ministre et figure emblématique de l’indépendance du pays, s’est toujours opposé aux manœuvres politiques de l’actuel président, Umaro Sissoco Embaló.

Cependant, certains analystes voient dans la présence du ministre sénégalais une ingérence sous-jacente dans le processus électoral. Selon des informations recueillies par Le Journal du Pays, un député du PAIGC, sous couvert d’anonymat, n’a pas hésité à évoquer un complot. « À chaque élection en Guinée-Bissau, le Sénégal joue sa partition en soutenant, hier, Nino Vieira, aujourd’hui, Umaro Sissoco Embaló. Une destabilisation des élections est en cours, orchestrée par des miliciens composés d’ex-militaires peuls de Guinée et des anciens combattants casamançais. C’est pour cela qu’Atoute César Badiate et ses acolytes se trouvent à Bissau. Un grand complot est en train de se dessiner », a-t-il déclaré.

Pour les opposants, le rôle du Sénégal, longtemps perçu comme un acteur clé dans la politique de sécurité en Guinée-Bissau, n’est pas neutre. Le soutien direct du Sénégal à Embaló, qui a pris le pouvoir après une élection contestée en 2020, exacerbe la perception d’une ingérence étrangère dans la politique intérieure du pays d‘Amilcar Cabral.

Le soutien du Sénégal à Embaló a soulevé de vives critiques, particulièrement dans les milieux d’opposition et chez ceux qui estiment que la Guinée-Bissau doit retrouver sa pleine autonomie politique. Ce soutien est d’autant plus préoccupant que la situation politique de la Guinée-Bissau demeure fragile, entre coups d’État répétés, crises politiques internes et tensions ethniques.

Des rumeurs de manipulations électorales circulent déjà, alimentées par la présence de miliciens et de groupes paramilitaires en préparation pour les prochaines élections. L’implication de l’armée sénégalaise, bien que présentée comme une aide à la stabilisation régionale, pourrait être perçue comme un moyen de maintenir un contrôle sur les résultats électoraux.

L’opposition s’élève

Pour Armando Gomès, responsable du parti Pai Terra Ranka, la présence du Sénégal en Guinée-Bissau est de plus en plus vue comme une volonté d’influencer le cours des élections à venir. « L’ombre de Macky Sall puis de Bassirou Diomaye Faye est toujours présente en Guinée-Bissau, et cette fois, nous ne nous laisserons pas voler les élections », a-t-il déclaré.

À l’approche du scrutin du 23 novembre, la Guinée-Bissau, déjà fragilisée par ses divisions internes, pourrait bien se retrouver au cœur d’un nouveau bras de fer régional, avec des influences étrangères qui risquent de perturber une élection déjà perçue comme particulièrement délicate. Dans cette atmosphère explosive, le rôle du général Birame Diop et du Sénégal sera scruté de très près par la communauté internationale, mais aussi par une population bissau-guinéenne de plus en plus sceptique sur les intentions de ses voisins.

Balanta Mané

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Commentaires (1)

  • Anonyme

    Je suis un lecteur assidu de votre journal, que j’apprécie pour sa pertinence et sa justesse, pour sa capacité à tenir des positions non-partisanes, tout en étant résolument politique. Mais je dois dire que je suis désagréablement surpris que le Sénégal ne change pas malgré le changement de gouvernement. Gambie, Mali, Mauritanie, Guinée et Guinée-Bissau, le Sénégal destabilise toute la sous-région. A Bissau, ma famille politique du PAIGC ne baissera pas les bras. Nous nous battrons…….

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