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Maroc : Umaro Sissoco Embaló retrouve Macky Sall au Royaume des exilés, usine à complots contre le Sénégal et la Guinée-Bissau ?

Maroc : Umaro Sissoco Embaló retrouve Macky Sall au Royaume des exilés, usine à complots contre le Sénégal et la Guinée-Bissau ?

Dans un ballet diplomatique aussi opaque que stratégique, le Maroc s’impose de plus en plus comme le refuge doré des leaders africains destitués. Après l’arrivée remarquée de l’ancien président sénégalais Macky Sall, qui vit dans un palais depuis son départ du pouvoir en 2024, c’est au tour d’Umaro Sissoco Embaló, le président guinéen-bissau-guinéen renversé par un coup d’État militaire, de poser ses valises au royaume chérifien. Cette convergence n’est pas un hasard : elle dessine les contours d’un projet géopolitique audacieux, où le Maroc pourrait bien orchestrer une contre-offensive pour déstabiliser ses voisins ouest-africains et redessiner les équilibres régionaux à son avantage.

Mercredi dernier, Embaló a atterri à Rabat après un périple sinueux qui en dit long sur les alliances en sous-main. Selon des sources de la presse locale bissau-guinéenne et sénégalaise, l’ex-leader a été évacué en urgence vers Dakar à bord d’un avion spécial affrété par le Sénégal – un geste qui soulève déjà des interrogations sur le rôle de Dakar dans cette affaire. De là, il a été transféré à Brazzaville, en République du Congo, avant de gagner la capitale marocaine. Officiellement, il s’agit d’un « séjour temporaire pour raisons de santé et de sécurité« . Mais au-delà des communiqués laconiques, les observateurs y voient la main d’un Rabat qui tisse patiemment sa toile d’influence.

Rappelons les faits : Embaló, au pouvoir depuis 2019, a été renversé le 28 novembre par les forces armées guinéennes-bissau-guinéennes, dans un coup d’État éclair justifié par des accusations de corruption et d’autoritarisme rampant. Son exil immédiat au Maroc n’est pas anodin. Le royaume, sous l’impulsion du roi Mohammed VI, a multiplié ces dernières années les initiatives pour se positionner comme une puissance incontournable en Afrique. Des investissements massifs dans l’énergie, l’agriculture et les infrastructures, mais aussi une diplomatie agressive qui n’hésite pas à courtiser les oppositions et les exilés pour affaiblir les régimes rivaux.

Macky Sall, figure emblématique de cette dynamique, en est l’exemple parfait. L’ancien dirigeant sénégalais, qui a quitté le palais présidentiel dans une atmosphère de contestations populaires et de soupçons de fraude électorale, a trouvé au Maroc un havre de paix et de planification. Depuis 2024, il y a multiplié les rencontres avec des officiels marocains et des lobbies économiques, tout en maintenant un lien étroit avec des réseaux d’opposants sénégalais. Des fuites récentes, relayées par des médias dakarois indépendants, évoquent des discussions sur un « retour aux affaires » via des coalitions régionales financées par des capitaux maghrébins. Le Sénégal, pilier de la CEDEAO et rival économique du Maroc dans la région, paie déjà le prix de cette proximité : manifestations sporadiques, tensions frontalières et une économie fragilisée par des rumeurs de sanctions indirectes.

Et la Guinée-Bissau dans tout cela ? Ce petit État côtier, chronique foyer de coups d’État – le 21e depuis son indépendance en 1974 –, représente un terrain idéal pour Rabat. Embaló, connu pour ses liens avec des puissances extérieures comme le Portugal et la France, pourrait servir de fer de lance à une stratégie marocaine visant à contrer l’influence portugaise et lusophone dans la zone. Des analystes, comme ceux du think tank africain ISS Africa, pointent du doigt les similitudes : le Maroc a déjà accueilli des exilés libyens et maliens pour des « formations diplomatiques » qui masquent souvent des briefings opérationnels. Pourquoi pas, demain, un « centre des ex-présidents » à Rabat, où Sall et Embaló, épaulés par des conseillers royaux, ourdiraient des scénarios de déstabilisation ? Financement occulte de milices, cyber-opérations contre les gouvernements en place, ou même appui logistique à des insurrections : les outils ne manquent pas.

Cette thèse n’est pas de pure spéculation. Le Maroc, exclu de l’Union africaine jusqu’en 2017 pour son annexion du Sahara occidental, a su rebondir en misant sur une « soft power » impitoyable. Ses relations avec le Sénégal se sont tendues depuis le soutien de Dakar à l’Algérie sur la question sahraouie, tandis que la Guinée-Bissau, instable, offre une porte d’entrée pour contourner les sanctions de la CEDEAO. Des diplomates ouest-africains, joints sous anonymat, murmurent que Rabat finance déjà des ONG « humanitaires » qui servent de couverture à des réseaux d’influence. Embaló, hébergé dans un palais royal discret, n’aurait pas tardé à rencontrer des émissaires du ministère marocain des Affaires étrangères. Objectif affiché : « stabilité régionale« . Réalité sous-jacente : un remodelage des alliances à l’avantage du royaume.

Face à cette offensive, la CEDEAO semble prise de court. Son sommet d’urgence sur le coup en Guinée-Bissau s’est soldé par des déclarations tièdes, tandis que le Sénégal, sous Bassirou Diomaye Faye, peine à masquer ses divisions internes. Le Maroc, lui, avance ses pions avec la sérénité d’un joueur d’échecs : en accueillant ces exilés, il ne se contente pas de les protéger ; il les arme idéologiquement pour un retour en force.

Reste à savoir si ce « royaume des ombres » parviendra à ses fins. Pour l’heure, l’arrivée d’Embaló à Rabat sonne comme un avertissement : l’Afrique de l’Ouest, berceau de la démocratie fragile, pourrait bien devenir le théâtre d’une guerre froide maghrébine. Et si le Maroc n’est pas encore le centre névralgique des complots, il en a tout l’air. Les ex-présidents y affluent ; les ennuis, pour leurs successeurs, suivent de près.

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