Casamance : une nomination administrative ravive les tensions politiques à Ziguinchor
La nomination de Matar Mbaye, proche de l’ancien parti au pouvoir, à un poste clé de la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED SA) a suscité une vive réaction d’organisations de jeunesse à Ziguinchor, ravivant des tensions politiques et identitaires persistantes en Casamance.
Matar Mbaye, présenté comme un fidèle de l’Alliance pour la République (APR) de l’ex-président Macky Sall et de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY), a été nommé délégué départemental de la SONAGED à la suite d’un partenariat signé en avril 2025 entre l’entreprise publique et la municipalité de Ziguinchor pour améliorer la gestion des déchets.
Dans un communiqué publié cette semaine, la Jeunesse Patriotique de Ziguinchor (JPS) a dénoncé cette nomination, la qualifiant de « mépris systématique » à l’égard de la Casamance et d’« insulte à la mémoire des martyrs » de la région. Le mouvement estime que les jeunes locaux, qui disent avoir payé un lourd tribut lors des épisodes de contestation politique, restent exclus des postes de responsabilité.
« À chaque moment décisif, lorsque le combat pour le changement exigeait courage et sacrifice, c’est vers nous que l’on se tournait », affirme la JPS, évoquant des arrestations, des violences et des dizaines de morts parmi les jeunes au cours des dernières années. « Aujourd’hui, ceux que nous combattions hier sont promus, pendant que les nôtres sont oubliés.»
Les autorités sénégalaises n’ont pas réagi publiquement à ces accusations.
Parallèlement, des retards dans des projets de développement, comme le Projet du Pôle de Développement de la Casamance (PPDC), intégré au Plan Sénégal Émergent, Projet Diomaye pour la Casamance et à la Vision Sénégal 2050, alimentent le sentiment de marginalisation, notamment chez les jeunes confrontés à un chômage élevé.
« La jeunesse de Ziguinchor ne peut plus être réduite à un simple réservoir de mobilisation politique », avertit la JPS, qui appelle les autorités à revoir certaines nominations, à associer davantage les acteurs locaux à la gouvernance et à accélérer la mise en œuvre des engagements de paix et de développement.
Des observateurs locaux estiment que, dans le Sénégal de l’après-Macky Sall, la gestion des attentes en Casamance constituera un test majeur pour le gouvernement d’Ousmane Sonko sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye. Si la région reste globalement stable, le mécontentement exprimé ces derniers jours souligne la fragilité du processus de paix et la persistance de revendications politiques profondes.
Cette controverse intervient dans un contexte sensible en Casamance, province marquée par plus de quatre décennies de conflit armé entre l’État sénégalais et le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC), qui réclame l’indépendance du territoire.
Assoukatène
