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Maroc : un sacre du Sénégal contesté, entre règlement et esprit du jeu

Maroc : un sacre du Sénégal contesté, entre règlement et esprit du jeu

Par-delà le coup de sifflet final, la finale de la Coupe d’Afrique des nations continue de se jouer dans les couloirs feutrés des instances. Le titre du Sénégal, acquis au terme d’un match heurté face au Maroc, pourrait-il être juridiquement remis en cause ?

Au lendemain d’une finale électrique remportée par le Sénégal face au Maroc (1-0 après prolongation), la Coupe d’Afrique des nations s’est réveillée avec une question lourde de conséquences : le champion d’Afrique peut-il perdre son titre… sur tapis vert ?

Dans un communiqué publié lundi après-midi, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a annoncé son intention de saisir la Confédération africaine de football (CAF) ainsi que la Fifa. En cause : le retrait momentané des joueurs sénégalais du terrain, intervenu à la suite de décisions arbitrales vivement contestées. Pour Rabat, cet épisode aurait « eu un impact significatif sur le déroulement normal de la rencontre et sur la performance des joueurs », en particulier sur le penalty manqué par Brahim Díaz après une interruption de près de vingt minutes.

La démarche marocaine ne se contente pas de dénoncer un climat jugé délétère. Elle pose une question juridique précise : le Sénégal a-t-il enfreint le règlement au point de rendre son sacre caduc ?

Ce que dit le règlement

À la lecture stricte des textes, l’argument n’est pas dénué de fondement. L’article 82 du règlement de la compétition de la CAF stipule qu’une équipe qui « refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre » est considérée comme perdante et « définitivement éliminée de la compétition ». L’article 84 renchérit, prévoyant une défaite sur le score de 3-0 et ouvrant la porte à « d’autres mesures » disciplinaires.

Sur le papier, la sanction est donc lourde, presque implacable. Mais le football, surtout à ce niveau, se joue rarement uniquement sur le papier.

La nuance des faits

Car la scène observée dimanche soir à la finale ne correspond pas exactement à un abandon collectif. Si plusieurs joueurs sénégalais ont quitté la pelouse pour manifester leur colère, tous ne l’ont pas fait. Sadio Mané, capitaine et figure tutélaire des Lions de la Teranga, est resté sur le terrain, hésitant, discutant, avant de convaincre ses partenaires de revenir jouer.

Un détail ? Peut-être pas. Pour Frank Schneider, ancien arbitre international français aujourd’hui consultant en arbitrage, interrogé par L’Équipe, ce point est déterminant. Selon lui, l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo a cette fois « bien géré la situation », précisément parce qu’il a évité une rupture définitive du match. « Un match qui ne reprend pas, surtout une finale, entraîne toujours des conséquences dramatiques », souligne Schneider.

En laissant le temps à la tension de retomber et en obtenant la reprise du jeu, l’arbitre a, de fait, empêché que l’épisode ne soit assimilé à un forfait caractérisé.

La CAF sur la ligne de crête

Lundi, la CAF a publié un communiqué ferme dans le ton mais prudent dans ses conclusions. L’instance a condamné « le comportement inacceptable de certains joueurs et officiels », notamment à l’encontre du corps arbitral et des organisateurs, tout en annonçant l’ouverture d’un examen approfondi des images avant une éventuelle saisine des commissions compétentes.

Aucune mention, en revanche, d’un retrait de titre ou d’une remise en cause du résultat sportif. Un silence qui en dit long sur la délicatesse du dossier.

Un précédent improbable

Historiquement, la CAF comme la Fifa se sont montrées extrêmement réticentes à retirer un titre acquis sur le terrain, a fortiori lors d’une finale, sauf en cas de forfait manifeste ou de fraude avérée. Le scénario d’un sacre sénégalais annulé apparaît donc, à ce stade, hautement improbable.

Reste que cette finale laissera des traces. Elle pose une nouvelle fois la question de l’arbitrage en Afrique, de la gestion des émotions dans les grands rendez-vous, et de l’équilibre fragile entre l’application stricte des règlements et l’esprit du jeu.

Pour le Sénégal, porté par un Sadio Mané, d’origine casamançaise, salué pour son sang-froid et son leadership, le trophée est bien là. Pour le Maroc, la bataille se poursuit ailleurs — dans les bureaux, les commissions, et peut-être les livres d’histoire du football africain.

Saliou Cissé

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