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Iran : la disparition d’Ali Khamenei bouleverse l’équilibre régional et fait flamber les marchés pétroliers

Iran : la disparition d’Ali Khamenei bouleverse l’équilibre régional et fait flamber les marchés pétroliers

À l’aube, une épaisse fumée grise enveloppait les quartiers nord de la capitale iranienne. Les sirènes, qui avaient retenti toute la nuit, s’étaient tues, laissant place à une annonce solennelle diffusée par la télévision d’État : l’ayatollah Ali Khamenei aurait été tué lors de frappes aériennes visant des installations stratégiques à Téhéran.

Durant la nuit de samedi à dimanche, la télévision d’Etat iranienne a confirmé la mort du guide suprême Ali Khamenei. Les autorités ont décrété une période de deuil de 40 jours ainsi que 7 jours fériés. Les Gardiens de la révolution ont quant à eux promis « un châtiment sévère » aux « meurtriers » de l’ayatollah Ali Khamenei.

Le président américain Donald Trump avait annoncé samedi soir la mort du guide suprême iranien. « Il y a des signes » de son décès, avait indiqué un peu plus tôt le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Trois hauts responsables, dont le président Massoud Pezeshkian, assureront la transition en Iran après la mort du guide suprême Ali Khamenei, a laissé entendre dimanche un des conseillers de ce dernier, Mohammad Mokhber, cité par la télévision d’Etat.

Dans ce jeu géopolitique, la disparition du guide suprême — figure centrale du pouvoir iranien depuis 1989 — ne constitue pas seulement un séisme institutionnel. Elle déclenche une onde de choc politique et économique dont les répercussions dépassent de loin les frontières de l’Iran.

Un vide politique aux conséquences imprévisibles

La Constitution iranienne prévoit qu’en cas de décès du guide suprême, un conseil provisoire supervise la transition jusqu’à la désignation d’un successeur par l’Assemblée des experts. Mais dans un contexte de frappes attribuées conjointement aux États-Unis et à Israël, la question de la succession se double d’un risque d’escalade militaire.

Des factions rivales au sein du Corps des gardiens de la révolution pourraient chercher à consolider leur pouvoir. Les alliés régionaux de Téhéran — du Liban à l’Irak — seraient placés devant un choix stratégique : contenir la crise ou l’élargir.

« Le système iranien repose sur un équilibre complexe entre autorité religieuse et pouvoir militaire », explique un analyste casamançais basé à Londres. « La disparition soudaine de son pivot pourrait provoquer soit un durcissement, soit une fragmentation. »

Le pétrole s’envole, les marchés vacillent

Les premières heures suivant l’annonce ont vu les marchés pétroliers réagir avec une rapidité brutale. Le baril de Brent, référence internationale, aurait bondi de plus de 20 %, franchissant symboliquement les 120 dollars. Les investisseurs redoutent une perturbation des exportations iraniennes et, plus encore, un blocage potentiel du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial.

Les membres de OPEP se réuniraient en urgence afin d’évaluer une augmentation coordonnée de la production. Mais la capacité réelle à compenser une interruption prolongée reste incertaine.

Sur les marchés financiers, les indices européens et asiatiques reculeraient nettement. Les valeurs énergétiques grimperaient, tandis que les secteurs dépendants des importations — transport aérien, industrie lourde — enregistreraient de lourdes pertes.

« Nous sommes face à un choc d’offre classique, mais amplifié par le risque géopolitique », estime un économiste du Fonds monétaire international. « Si la crise perdure, elle pourrait raviver des pressions inflationnistes mondiales à peine maîtrisées. »

Répercussions mondiales

Pour les États-Unis, la situation serait délicate. Une flambée prolongée des prix de l’énergie pèserait sur les ménages et compliquerait la politique monétaire. À Washington, l’administration chercherait à rassurer les alliés tout en évitant une confrontation directe avec les forces iraniennes.

En Europe, fortement dépendante des importations énergétiques, les gouvernements redouteraient une nouvelle crise comparable à celle déclenchée par la guerre en Ukraine. Les banques centrales pourraient être contraintes de retarder toute baisse de taux d’intérêt.

En Asie, notamment en Chine et en Inde — grands importateurs de brut iranien — les autorités surveilleraient attentivement la stabilité des flux maritimes. Toute fermeture durable du détroit provoquerait une reconfiguration accélérée des chaînes d’approvisionnement énergétiques.

En Afrique, les pays dépendants de l’exportation du pétrole seront dans une situation intenable.

Une région à l’aube d’un tournant

Dans les rues de Téhéran, selon ce scénario, les réactions seraient contrastées : certains pleureraient un leader perçu comme le gardien de la révolution islamique ; d’autres, plus discrets, évoqueraient l’espoir d’un changement politique longtemps attendu.

Mais au-delà de l’Iran, la question centrale demeure celle de la stabilité régionale. La disparition violente d’un chef d’État — surtout dans un pays au cœur d’équilibres stratégiques aussi fragiles — ouvre rarement une ère de certitude.

Dans cette hypothèse, la mort d’Ali Khamenei ne serait pas seulement la fin d’un règne de trente-sept ans. Elle marquerait le début d’une recomposition dont l’issue — réforme prudente, durcissement autoritaire ou embrasement régional — déterminerait l’évolution des marchés, des alliances et de l’ordre mondial pour la décennie à venir.

Pierre Coly

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