Casamance : Célébration de Pâques ou quand la Résurrection du Christ rencontre la paix ?
Dimanche matin, les cloches des églises de Casamance ont sonné plus fort que d’habitude. Non pas seulement pour annoncer que le Christ est ressuscité, mais pour porter, jusqu’au ciel, le cri d’un peuple qui, depuis plus de quarante ans, attend avec patience et douleur la véritable paix.
De Ziguinchor à Sédhiou, de Bignona à Oussouye, de Kolda à Vélingara, en passant par Tambacounda et jusqu’aux confins de Kédougou, les églises étaient combles dès l’aube. Les fidèles, habillés de leurs plus beaux pagnes et boubous de fête, ont rempli la cathédrale Saint-Antoine-de-Padoue à Ziguinchor, l’église Notre-Dame-des-Victoires à Bignona, et toutes les chapelles des villages diola, mandingue et balante. À Oussouye, la liturgie s’est enrichie des tam-tams et des chants traditionnels, rappelant que la foi chrétienne, ici, ne renie pas la culture, mais la transfigure dans la lumière du Ressuscité.
Dans son homélie, Monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga, évêque de Ziguinchor, a touché le cœur de milliers de fidèles :
« Nous ne pouvons pas célébrer la Résurrection sans nous souvenir de nos morts, sans prier pour nos martyrs, et sans renouveler, aujourd’hui encore, notre engagement pour la réconciliation et la fraternité en Casamance. Le tombeau vide nous appelle à la vie nouvelle. »
Ces paroles résonnent avec une force particulière cette année. Car à Rome, à la même heure, le Pape Léon XIV, dans son message pascal avant la bénédiction Urbi et Orbi, a lancé un appel solennel et percutant au monde entier :
« Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! Que ceux qui ont des armes en main les déposent ! »
Le Saint-Père n’a pas parlé en diplomate, mais en pasteur. Il a rappelé que la force qui a fait sortir Jésus du tombeau est précisément celle qui « repousse l’instinct de vengeance ». Il a invité tous les responsables de conflits à abandonner la volonté de domination pour choisir le dialogue, la rencontre, la conversion des cœurs. « La paix que Jésus nous donne, a-t-il insisté, n’est pas seulement le silence des armes, mais celle qui transforme le cœur de chacun. »
En Casamance, ces paroles du Pape ont retenti comme un écho divin. Elles viennent conforter l’espérance tenace de tout un peuple qui, depuis le 26 décembre 1982, porte dans sa chair les stigmates d’un conflit qui a trop duré. Ici, on sait ce que signifie « s’habituer à la violence » dont a parlé le Pape. On connaît l’indifférence qui guette lorsqu’on compte les morts depuis trop longtemps. Mais on connaît aussi la puissance de la Résurrection.
Cette année, le jeûne de Pâques a démarré en pleine période de Ramadan. Une coïncidence providentielle que Mgr Manga a saluée avec émotion : « Le jeûne, la prière et le partage sont des valeurs que nous vivons ensemble, chrétiens et musulmans. Que ce temps sacré renforce nos liens de fraternité et nous aide à bâtir une Casamance réconciliée. »
Dans les rues de Sédhiou, on s’est salué avec des « Christ est ressuscité ! » et des « Alhamdoulillah ». À Bignona, des familles mixtes ont partagé le repas de fête et les œufs bénits. À Oussouye, des jeunes ont organisé une veillée de prière œcuménique. Partout, la Résurrection n’était pas seulement une fête religieuse, mais un acte de résistance spirituelle : la volonté de croire que, même après tant de souffrances, une nouvelle création est possible dans le Christ.
Le Pape Léon XIV a annoncé une veillée de prière pour la paix le 11 avril prochain à Saint-Pierre de Rome. En Casamance, nous n’attendrons pas cette date pour prier. Dès ce soir, dans les chapelles et sous les fromagers, les fidèles continueront à supplier le Ressuscité : que la lumière de Pâques dissipe les ténèbres de la division, que les armes se taisent définitivement, et que les cœurs des hommes de pouvoir, ici et ailleurs, se convertissent à la paix véritable.
Car la Casamance le sait mieux que quiconque : la vraie victoire de Pâques, ce n’est pas seulement la vie après la mort. C’est la vie nouvelle dès aujourd’hui, dans une terre réconciliée, où frères et sœurs, quelles que soient leur ethnie ou leur religion, peuvent enfin s’asseoir à la même table et dire, dans la joie : « Christ est vraiment ressuscité ! »
Toute la rédaction du Journal du Pays vous souhaite, chers lecteurs, chères lectrices, une très joyeuse fête de Pâques. Que le Christ Ressuscité apporte à notre chère Casamance, et à tout le monde, la paix qu’Il a promise : une paix qui dépasse tout entendement.
Que Dieu bénisse la Casamance.
ARDiallo
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