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Casamance : les promesses éternelles du Sénégal, ou le poison lent de l’abandon 

Casamance : les promesses éternelles du Sénégal, ou le poison lent de l’abandon 

Le ministre sénégalais, Serigne Guèye Diop proche de Diomaye Faye, a annoncé, mardi 16 juin 2026 à Ziguinchor, avec la solennité d’usage, un « investissement historique » de 90 milliards FCFA pour industrialiser la filière anacarde en Casamance. Transformation locale, fin progressive des exportations brutes, 50 000 emplois à la clé. Belle partition, déjà entendue.

Depuis 1960, la Casamance connaît la même symphonie : les promesses de Léopold Sédar Senghor, d’Abdou Diouf, d’Abdoulaye Wade, de Macky Sall, et aujourd’hui celles de Bassirou Diomaye Faye et son « Plan Diomaye pour la Casamance ». Toujours des milliards annoncés, toujours des perspectives mirobolantes, toujours ce même discours de souveraineté industrielle et de développement inclusif. Et toujours, au final, le même constat amer : la Casamance reste la belle endormie que le Sénégal réveille périodiquement pour mieux la rendormir.

Que retient-elle, en définitive ? Des routes inachevées, des écoles qui manquent de maîtres, des hôpitaux fantômes, des terres spoliées, des forêts pillées et un potentiel agricole et minier qui profite bien davantage aux Sénégalais qu’à ses propres fils. Quarante années de conflit larvé depuis le soulèvement de 1982. Des milliers de morts. Soixante mille déplacés. Un tourisme assassiné. Et, comme tragédie ultime, le naufrage du Joola en 2002 – près de 1 863 victimes, majoritairement casamançaises – dont la justice sénégalaise n’a toujours pas soldé le dossier. Nos vies vaudraient-elles donc moins ?

Un destin tenu en otage

Djibril Badji, chef de village de Singhère Diola dans le département de Goudomp, appelle à la reprise du déminage humanitaire. Légitime exigence face au fléau des mines antipersonnel. Mais le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) rappelle une vérité inconfortable : tout déminage dans les zones de guerre sans accord de paix préalable reste une opération risquée, comme l’ont tragiquement illustré les événements de juin 2012. 12 démineurs envoyé dans la zone rouge du conflit ont été arrêtés par les combattants indépendantistes. On ne désamorce pas seulement des engins ; on désamorce surtout un conflit politique et historique dont les racines plongent bien plus profond que les explosifs.

Car la Casamance n’est pas une « région sénégalaise ». Elle est un Pays non reconnu. Séparée géographiquement par la Gambie, culturellement distincte avec ses Diola, Peul, Mandingue, Mankagne, Bassari, Niominké, Sarakolé, Manjaque ; forte d’une identité animiste et chrétienne enracinée, d’un passé colonial différent et d’une tradition de résistance farouche à la colonisation portugaise puis française. En 1947, les pionniers du MFDC rêvaient d’indépendance, de fédération authentique, d’un destin africain maîtrisé. Ce rêve a été trahi mais il n’est pas mort.

Casamançais, sommes-nous moins intelligents que les Sénégalais qui nous gouvernent depuis Dakar ? Moins capables ? Moins dignes de souveraineté ? La réponse claque comme un coup de fusil dans la forêt sacrée : non. Alors pourquoi laissons-nous encore notre destin en otage ? Pourquoi acceptons-nous ces élites locales transformées en cautions ethniques d’un système centralisé ? Pourquoi tolérons-nous des gouverneurs imposés et une administration qui traite notre terre comme une arrière-cour ?

L’heure du réveil

Cet article n’est pas une plainte. Assez du poison lent qui ronge notre dignité depuis des décennies. Assez de cette condescendance qui nous présente comme des assistés chroniques alors que notre sol regorge de richesses et que notre peuple a prouvé, par sa résilience, sa valeur.

La valorisation de l’anacarde est une bonne idée en soi. Toute initiative qui crée de la valeur ajoutée localement mérite d’être saluée. Mais elle ne saurait masquer l’essentiel : sans paix réelle, dans la justice, la vérité et la liberté. Ces 90 milliards risquent de n’être qu’une nouvelle couche de vernis sur une plaie béante. L’histoire nous l’a trop souvent démontré : les promesses du Sénégal et des Sénégalais ont la durée de vie des mangues en saison sèche.

Casamançais, qu’attendez-vous vraiment des Sénégalais ? Des paroles en l’air ? Des plans qui restent sur le papier ? Il est temps de prendre notre destin en main. Non par la violence – notre terre a déjà trop saigné – mais par une mobilisation lucide, intellectuelle, économique et politique. Par la réaffirmation fière de notre identité et de nos droits. Par l’exigence d’un dialogue sincère qui ne soit pas un monologue des Sénégalais.

L’heure n’est plus aux lamentations. Elle est au sursaut. Nos ancêtres, qui ont résisté farouchement, nous regardent. Nos enfants, qui méritent mieux que des promesses éternelles, nous attendent. La Casamance riche, digne et souveraine n’est pas un rêve impossible. Elle est un droit historique qu’il nous appartient, enfin, de conquérir.

Pas demain. Aujourd’hui.

Emile Tendeng

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