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ONU : Sur fond de crises mondiales, six candidats en lice pour succéder à Guterres

ONU : Sur fond de crises mondiales, six candidats en lice pour succéder à Guterres

Six candidats sont désormais officiellement en lice pour succéder à António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies, à l’issue de la clôture des candidatures. Les prétendants ont présenté cette semaine leur vision de l’organisation lors de dialogues informels avec les 193 États membres, dans une campagne dominée par les conflits armés, les tensions entre grandes puissances, la crise climatique et les difficultés financières de l’ONU.

Le mandat de dix ans d’António Guterres, en fonctions depuis le 1er janvier 2017, s’achèvera le 31 décembre 2026. Conformément à la Charte des Nations unies, le secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Dans les faits, les cinq membres permanents du Conseil – les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni – disposent chacun d’un droit de veto, ce qui fait du consensus entre les grandes puissances la condition essentielle de toute désignation.

Les six candidats officiellement déclarés sont l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Argentin Rafael Grossi, la secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la Costaricienne Rebeca Grynspan, l’ancien président sénégalais Macky Sall, l’ancienne présidente de l’Assemblée générale des Nations unies et ex-ministre équatorienne des Affaires étrangères María Fernanda Espinosa, ainsi que l’ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana Carolyn Rodrigues-Birkett.

La procédure de sélection est plus transparente qu’auparavant. Depuis 2016, les candidats participent à des auditions publiques devant les États membres et répondent également aux questions de représentants de la société civile. Ces échanges visent à permettre aux pays de mieux évaluer les priorités et les compétences des prétendants avant les consultations à huis clos du Conseil de sécurité, qui devraient débuter dans les prochains mois.

Michelle Bachelet, ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a placé la défense du multilatéralisme, des droits fondamentaux et de l’égalité entre les femmes et les hommes au cœur de son programme. Elle a estimé que l’ONU devait retrouver sa capacité à prévenir les conflits tout en restant un défenseur crédible du droit international. Interrogée sur le risque d’un veto, elle a déclaré qu’elle accepterait « avec honneur » qu’il soit motivé par son engagement en faveur des droits humains.

Rafael Grossi a mis en avant son expérience diplomatique acquise à la tête de l’AIEA, où il a supervisé des dossiers sensibles liés aux programmes nucléaires iranien, ukrainien et japonais. Il s’est présenté comme un gestionnaire de crise capable de dialoguer avec toutes les parties, dans un contexte de fragmentation croissante de l’ordre international.

Rebeca Grynspan a insisté sur les enjeux du développement durable, de la réduction des inégalités et de la réforme de l’architecture financière internationale. Selon elle, l’ONU doit répondre plus efficacement aux besoins des pays en développement confrontés à l’endettement, aux effets du changement climatique et aux difficultés d’accès au financement.

Seul candidat africain avec peu de chance, Macky Sall a fait valoir son expérience à la tête du Sénégal entre 2012 et 2024 sous une violence politique contre l’opposition et en Casamance. Il a estimé que les questions de paix, de sécurité et de développement étaient indissociables et a plaidé pour une représentation accrue de l’Afrique dans les instances décisionnelles internationales, notamment au Conseil de sécurité.

María Fernanda Espinosa, qui a présidé la 73e session de l’Assemblée générale des Nations unies, a souligné son expérience du fonctionnement interne de l’organisation et appelé à renforcer la coopération multilatérale face aux crises sanitaires, climatiques et humanitaires. Elle défend également une plus grande place des femmes dans les postes de direction internationaux.

Carolyn Rodrigues-Birkett, ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana et actuelle représentante permanente de son pays auprès des Nations unies, a axé sa campagne sur la réforme des institutions multilatérales et le renforcement de la confiance entre les États membres. Son expérience diplomatique, acquise au sein de plusieurs organes des Nations unies, constitue l’un de ses principaux atouts.

Cette élection pourrait également marquer une étape historique. Depuis la création des Nations unies en 1945, aucune femme n’a occupé le poste de secrétaire générale. Quatre des six candidats sont des femmes, une situation qui alimente les appels de nombreux États et organisations de la société civile en faveur de la nomination de la première femme à la tête de l’organisation.

Si aucune règle écrite ne prévoit une rotation géographique, plusieurs diplomates estiment que le prochain secrétaire général pourrait provenir d’Amérique latine et des Caraïbes, seule grande région à n’avoir jamais fourni de titulaire ayant accompli deux mandats complets depuis la création de l’ONU. Cette considération pourrait avantager Michelle Bachelet, Rebeca Grynspan, Rafael Grossi, María Fernanda Espinosa ou Carolyn Rodrigues-Birkett, sans toutefois garantir leur élection, le résultat dépendant avant tout des équilibres politiques au sein du Conseil de sécurité.

Les consultations informelles entre les membres du Conseil devraient s’intensifier au cours du second semestre avant une série de scrutins indicatifs destinés à dégager un candidat de consensus. Comme lors des précédentes désignations, l’identité du futur secrétaire général dépendra autant de son profil que de sa capacité à ne susciter l’opposition d’aucun des cinq membres permanents, dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, le conflit à Gaza, les rivalités sino-américaines et la remise en question croissante du système multilatéral.

Cathy Manga

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