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Casamance : Barcelone, 11 septembre 2026 : la Diada aux couleurs de la Casamance

Casamance : Barcelone, 11 septembre 2026 : la Diada aux couleurs de la Casamance

Il y a des dates qui appartiennent au calendrier. Et puis il y a celles qui appartiennent à la mémoire des peuples qui refusent de disparaître.

À Barcelone, ce vendredi 11 septembre 2026, la Diada a une nouvelle fois rappelé que la Catalogne ne célèbre pas seulement une fête nationale : elle fait vivre une mémoire, une langue, une identité et une volonté politique qui traversent les siècles. Mais cette année, au cœur de la mobilisation, une autre mémoire a résonné avec force : celle de la Casamance.

Dès le matin, les fleurs déposées devant le monument à Rafael Casanova, sur la ronda de Sant Pere, ont replacé la journée sous le signe du souvenir. C’est ici que la mémoire catalane se tourne vers 1714, vers les défenseurs de Barcelone et vers tous ceux que la tradition de la Diada considère comme les victimes de la chute de la ville. Casanova, dernier conseiller en chef de Barcelone, fut blessé le 11 septembre 1714 au cours des combats.

1714 : une défaite devenue promesse

Il faut remonter à cette terrible année 1714 pour comprendre la force symbolique de cette journée. Après le siège de Barcelone, les troupes de Philippe V entrèrent dans la ville le 11 septembre. La défaite mit fin à la résistance catalane et fut suivie de la suppression d’institutions et de libertés. La Generalitat elle-même présente aujourd’hui la Diada comme la commémoration d’une défaite associée à la perte de libertés, d’institutions et de droits.

Mais la mémoire catalane a transformé cette défaite en autre chose : une promesse. La promesse qu’une nation peut survivre à la défaite. Qu’une langue peut survivre aux interdictions. Qu’une culture peut renaître après les périodes de silence. Et qu’un peuple peut continuer, génération après génération, à revendiquer le droit de décider de son avenir.

C’est cette continuité que les indépendantistes sont venus proclamer en ce 11 septembre 2026. Et parmi eux, une délégation casamançaise a porté haut les couleurs de sa terre.

La délégation du MFDC et les drapeaux de la Casamance

À la tête de la présence indépendantiste casamançaise se trouvait Ousmane Tamba, représentant du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC). La délégation a participé activement à la journée, rappelant que la lutte pour l’autodétermination n’est pas l’affaire d’un seul peuple.

À 17 h 14 précises — l’heure choisie en référence à 1714 — les deux colonnes de la mobilisation barcelonaise se sont mises en marche. La Columna Present est partie de la Gran Via à hauteur de la rue Casanova. La Columna Futur a pris son départ près de la plaça de la Catedral, sur la Via Laietana. Toutes deux avaient le même horizon : la plaça de Catalunya.

C’est là, au cœur de Barcelone, que les drapeaux casamançais ont flotté aux côtés des estelades et des senyeres catalanes, des drapeaux palestiniens, écossais, corses et sahraouis. Une image forte : celle de peuples qui, malgré la distance et les différences d’histoire, se reconnaissent dans une même exigence de dignité et de souveraineté.

La devise de cette Diada — « Hi soc. Hi som. Independència » (J’y suis. Nous y sommes. Indépendance) — a pris, pour les Casamançais présents, une résonance particulière. Elle a rappelé que la résistance n’est jamais isolée.

Une foule moins nombreuse, mais une conviction intacte

Selon la Guardia Urbana, environ 45 000 personnes ont participé à la manifestation indépendantiste de Barcelone. L’ANC, le CIEMEN et les autres organisations indépendantistes ont rassemblé une foule importante de 13000 manifestants, mais très éloignée des mobilisations historiques des années les plus intenses du procès. Cela ne retire rien à la portée politique de la journée.

Car une cause ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes présentes dans une rue. Elle se mesure aussi à la capacité d’une génération à transmettre une mémoire à la suivante, et à tisser des solidarités au-delà des frontières.

En 2026, des jeunes nés après les grandes manifestations du procès ont marché à leur tour dans les rues de Barcelone. Et à leurs côtés, la délégation du MFDC a rappelé que la Casamance, elle aussi, porte une mémoire de résistance et un droit à l’autodétermination.

Une Catalogne qui regarde vers la Casamance

La dimension internationale demeure profondément inscrite dans l’imaginaire indépendantiste catalan. L’ANC et CIEMEN avait prévu un espace international destiné aux invités étrangers et aux médias. Dans cette tradition, la Catalogne regarde avec attention les peuples qui, comme elle, revendiquent une reconnaissance nationale ou le droit de décider de leur avenir.

Écosse, Palestine, Sahara occidental, Corse… et Casamance. Ces drapeaux côte à côte sur la plaça de Catalunya n’étaient pas un simple décor. Ils exprimaient une cartographie militante dans laquelle l’indépendantisme catalan cherche des échos à sa propre histoire — et dans laquelle la Casamance trouve, elle aussi, une oreille attentive.

La mémoire de 1714, la solidarité de demain

À la tombée du jour, la plaça de Catalunya est redevenue le cœur symbolique de la mobilisation. Les deux colonnes s’y sont rejointes. Le présent et le futur ont cessé d’être des concepts abstraits : ils ont pris la forme de milliers de personnes réunies au centre de Barcelone, drapeaux casamançais compris.

La Diada 2026 n’a pas été la répétition mécanique des grandes démonstrations du passé. Elle a été une Diada de résistance, dans un mouvement indépendantiste qui cherche à retrouver son élan. Une Diada où la mémoire de 1714 demeure une source de légitimité historique — et où la présence d’Ousmane Tamba et de la délégation du MFDC a rappelé que la lutte pour la liberté ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe.

Depuis 1714, trois siècles ont passé. Des empires ont disparu. Des régimes sont tombés. Des frontières ont changé. La dictature franquiste a tenté d’effacer jusqu’à la mémoire publique de la nation catalane ; pourtant, la Diada a ressurgi.

En 2026, cinquante ans après la première Diada démocratique autorisée de l’après-franquisme, cette mémoire a pris une résonance particulière. Et lorsque les drapeaux se sont levés au-dessus de Barcelone — catalans, casamançais, palestiniens, écossais, corses et sahraouis — le message a été clair : 1714 n’est pas seulement le souvenir d’une défaite. C’est le souvenir d’une nation qui refuse de disparaître.

Et pour celles et ceux qui marchent encore, y compris les filles et fils de la Casamance, c’est aussi la conviction que l’histoire des peuples qui résistent aboutira, un jour, à la reconnaissance de leur droit à l’indépendance.

ARDiallo

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