Vous êtes ici: Accueil » Actualité » Guinée-Bissau : Le visage pourri de la junte avec un pot-de-vin à 30 000 dollars pour corrompre la CEDEAO

Guinée-Bissau : Le visage pourri de la junte avec un pot-de-vin à 30 000 dollars pour corrompre la CEDEAO

Guinée-Bissau : Le visage pourri de la junte avec un pot-de-vin à 30 000 dollars pour corrompre la CEDEAO

Bissau, capitale d’un pays est déjà miné par des décennies de coups d’État, de narcotrafic et de gouvernance chaotique. Alors qu’une mission des chefs d’état-major des armées de la CEDEAO tente laborieusement de favoriser un retour à l’ordre constitutionnel après le putsch de novembre 2025, un scandale éclate au grand jour. Une somme de 30 000 dollars américains – plus de 15 millions de francs CFA – déposée ostensiblement sur le lit d’un haut gradé ghanéen, membre de cette délégation régionale.

Selon des informations recoupées par la Radio Télévision Portugaise (RTP), s’appuyant sur des sources jugées crédibles sur place, l’officier ghanéen a immédiatement alerté le chef de la mission. Les enregistrements des caméras de surveillance de l’hôtel ont ensuite parlé d’eux-mêmes : un membre du protocole du Premier ministre Ilídio Vieira Té aurait été identifié comme l’auteur présumé de cette tentative grossière de corruption.

Un proche du pouvoir au cœur de l’affaire

Ilídio Vieira Té n’est pas n’importe qui. Proche parmi les proches de l’ex-président Umaro Sissoco Embaló, il cumule les fonctions de Premier ministre et de ministre des Finances dans le gouvernement de transition issu du coup d’État. Il avait dirigé la campagne présidentielle controversée d’Embaló lors du scrutin du 23 novembre dernier. Son implication présumée dans cette affaire n’est pas un simple incident diplomatique : elle révèle les méthodes habituelles d’un régime qui semble prêt à tout pour acheter la complaisance de ceux qui sont censés le surveiller.

Ce n’est pas la première fois que Bissau tente de torpiller les efforts de médiation régionale. Rappelons que l’ancien président Embaló avait déjà ordonné l’expulsion d’une mission conjointe CEDEAO-Nations unies. Les relations avec l’organisation ouest-africaine sont notoirement tendues, marquées par des reports successifs de la transition et un refus manifeste de céder le pouvoir.

Réaction pavlovienne : déni et menaces

Face à l’ampleur de la polémique, amplifiée sur les réseaux sociaux et dans la presse internationale, le Conseil national de transition a publié un communiqué virulent. Les autorités y dénoncent une « campagne de désinformation » et s’en prennent directement à la journaliste de la RTP à l’origine des révélations, la qualifiant même de « mercenaire ».

Classique. Au lieu d’ouvrir une enquête sérieuse, transparente et indépendante – comme l’exigerait le minimum de crédibilité –, la junte choisit la fuite en avant et l’intimidation. Un analyste bissau-guinéen cité par DW Afrique, Augusto Na Sambé, le souligne avec justesse : cette réaction précipitée ne fait que renforcer les soupçons. Un gouvernement innocent aurait exigé une commission d’enquête, pas menacé de poursuites.

La CEDEAO elle-même a fini par démentir l’affaire publiquement, mais son silence initial et le manque de transparence sur les investigations internes alimentent encore davantage les spéculations.

Un système structurellement corrompu

Cette tentative présumée de subornation n’est pas un accident isolé. Elle s’inscrit dans un pattern bien connu en Guinée-Bissau : un État capturé par des élites politico-militaires qui confondent trésor public et cassette personnelle, où le narcotrafic a prospéré pendant des années et où les institutions régionales sont régulièrement instrumentalisées ou défiées.

Tant que des proches du pouvoir pourront impunément déposer des liasses de dollars dans les chambres d’hôtel de dignitaires étrangers pour fausser le jeu politique, la transition vers un ordre constitutionnel restera une illusion. Les Bissau-Guinéens, fatigués des coups d’État à répétition, méritent mieux que cette culture de l’impunité.

Il est temps que la CEDEAO, l’Union africaine et les partenaires internationaux exercent une pression réelle – pas seulement verbale – pour exiger des enquêtes indépendantes, la transparence sur les flux financiers suspects et, surtout, le départ effectif de ceux qui bloquent le pays depuis trop longtemps.

La corruption ne se combat pas par des communiqués rageurs. Elle se combat par la lumière, la justice et l’alternance. À Bissau, aujourd’hui, cette lumière dérange. Terriblement.

Balanta Mané

Propager la liberté et l'indépendance de s'informer

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté en pour poster un commentaire.

Copyright © 2013 Tamba Networks Inc. All rights reserved.

Retour en haut de la page