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RDC : Une enquête accuse le Rwanda de blanchir du coltan congolais lié au M23

RDC : Une enquête accuse le Rwanda de blanchir du coltan congolais lié au M23

Une enquête de l’organisation non gouvernementale Global Witness accuse des responsables rwandais d’avoir participé à un système de blanchiment de coltan extrait dans des zones contrôlées par le groupe armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), soulevant de nouvelles questions sur la traçabilité des minerais utilisés par l’industrie technologique mondiale.

Selon le rapport publié jeudi, le M23, qui contrôle depuis avril 2024 la cité minière stratégique de Rubaya, dans la province congolaise du Nord-Kivu, tirerait des revenus substantiels de l’exploitation et du commerce du coltan, un minerai essentiel à la fabrication de composants électroniques.

S’appuyant notamment sur des données d’experts des Nations unies, Global Witness estime qu’environ 120 tonnes de coltan auraient été exportées chaque mois de Rubaya vers le Rwanda entre mai et octobre 2024. À elle seule, cette région représenterait près de 15 % de la production mondiale de coltan.

Le rapport affirme qu’une partie de ce minerai aurait été introduite dans les circuits commerciaux internationaux après avoir été mélangée à la production officiellement enregistrée au Rwanda. Cette pratique aurait permis de masquer son origine dans une zone de conflit, tout en facilitant son exportation vers les marchés internationaux.

Global Witness indique avoir identifié plusieurs irrégularités dans les mécanismes de traçabilité censés garantir l’origine des minerais. L’organisation cite notamment des anomalies dans les procédures d’étiquetage des sacs de coltan et dans les systèmes de certification utilisés pour suivre les cargaisons depuis les sites d’extraction jusqu’aux exportateurs.

Le Rwanda rejette régulièrement les accusations selon lesquelles il soutiendrait le M23 ou bénéficierait du commerce illicite de minerais provenant de l’est de la RDC. Kigali affirme que ses exportations minières respectent les normes internationales et que les allégations de contrebande reposent sur des conclusions contestables.

Le coltan est particulièrement recherché pour sa teneur en tantale, un métal utilisé dans la fabrication de condensateurs de haute performance présents dans une large gamme d’appareils électroniques. Une fois exporté d’Afrique de l’Est, le minerai transiterait principalement par les ports de Dar es Salaam, en Tanzanie, et de Mombasa, au Kenya, avant d’être expédié vers des fonderies spécialisées en Chine et au Kazakhstan.

Le tantale raffiné est ensuite intégré à des chaînes de production mondiales alimentant des secteurs aussi variés que les télécommunications, l’informatique, les équipements médicaux, l’aérospatiale et l’industrie de la défense.

Selon Global Witness, il existe un risque que du coltan provenant de zones sous contrôle du M23 ait indirectement intégré les chaînes d’approvisionnement de plusieurs multinationales, parmi lesquelles Apple, Microsoft, Sony, Amazon, Nvidia, Toyota ou Ericsson. L’organisation précise toutefois qu’elle n’accuse pas ces entreprises d’avoir sciemment acheté des minerais liés au conflit.

Les révélations interviennent alors que les groupes industriels sont soumis à une pression croissante de la part des régulateurs, des investisseurs et des organisations de défense des droits humains pour renforcer la transparence de leurs approvisionnements en matières premières critiques.

Pour Global Witness, cette affaire met en évidence les limites des systèmes actuels de diligence raisonnable et de traçabilité. Malgré les mécanismes mis en place depuis plus d’une décennie pour empêcher le financement des groupes armés par le commerce des minerais, des failles subsisteraient dans la vérification de l’origine des ressources extraites dans les zones de conflit.

L’organisation appelle les gouvernements, les organismes de certification et les entreprises à renforcer les contrôles tout au long de la chaîne d’approvisionnement afin d’empêcher que des minerais issus de conflits armés continuent d’alimenter l’industrie mondiale des technologies.

Antoine Bampoky

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