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Niger : la junte déjoue une mutinerie d’envergure à Niamey avec l’aide des forces russes

Niger : la junte déjoue une mutinerie d’envergure à Niamey avec l’aide des forces russes

Des centaines de soldats mutins ont brièvement occupé la base aérienne 101 et visé le palais présidentiel avant d’être neutralisés par la garde présidentielle appuyée par l’Africa Corps russe. Le régime annonce des dizaines d’arrestations, mais aucun bilan officiel n’a encore été publié.

Le calme était de retour dimanche 30 août à Niamey, au lendemain d’une mutinerie militaire d’une rare intensité qui a secoué la capitale nigérienne. Dans la nuit de vendredi à samedi, un groupe de soldats rebelles, issus pour l’essentiel des forces spéciales, a tenté de s’emparer du palais présidentiel et de la télévision nationale, avant de se retrancher dans la base aérienne 101, jouxtant l’aéroport international Diori Hamani.

Selon les autorités, le mouvement a été déclenché par de jeunes officiers originaires des régions de Tillabéri et de Dosso, des zones où l’armée nigérienne a subi de lourdes pertes face aux groupes jihadistes. « Ces soldats pourraient être téléguidés de l’extérieur », a avancé l’ambassadeur de Russie au Niger, Viktor Voropaïev, sans toutefois fournir de précisions.

Assaut final de la garde présidentielle et intervention russe

Tout au long de la journée de samedi, les forces loyales au général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir depuis le coup d’État de juillet 2023, ont tenté de négocier avec les mutins. Une partie d’entre eux a finalement accepté de se rendre, mais les autres ont subi en début de soirée l’assaut de la garde présidentielle, appuyée par ses véhicules blindés et par les forces russes de l’Africa Corps.

Selon plusieurs sources, des unités de l’Africa Corps ont déployé des drones contre les positions des insurgés. L’ambassadeur Voropaïev a confirmé que l’armée nigérienne avait sollicité l’aide du « Corps africain », rattaché au ministère russe de la Défense, pour neutraliser les militaires retranchés dans la base 101. Le rôle de ces soldats russes a été « déterminant pour renverser le cours des événements ».

Des dizaines d’arrestations, pas de bilan officiel

Sur les images diffusées samedi soir par la télévision nationale RTN, on voit des militaires faits prisonniers, certains blessés, alignés en file indienne et à genoux. Près d’une centaine d’hommes sont visibles, parmi lesquels figurent des femmes. L’identité et les grades des détenus n’ont pas été détaillés.

Pendant la nuit, les forces de l’ordre ont poursuivi leurs patrouilles et procédé à de nouvelles arrestations. « Au moins dix personnes ont été interpellées », rapporte Serge Daniel, correspondant régional de RFI. La junte n’a pas encore communiqué officiellement depuis la fin des affrontements, et aucun bilan – ni en termes de morts, ni de blessés – n’a été transmis.

Une base stratégique plusieurs fois visée

La base aérienne 101, qui abrite des avions militaires, des drones, une unité antiterroriste de l’Alliance des États du Sahel (AES) ainsi que des personnels russes et italiens, avait déjà été attaquée à deux reprises cette année par des groupes jihadistes. Mais pour la première fois depuis le coup d’État de 2023, la menace est venue de l’intérieur même des forces armées.

« C’est le signe d’une armée nigérienne aujourd’hui divisée, où le pouvoir a dû faire appel à un partenaire étranger pour rétablir l’ordre dans ses propres rangs », analyse Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute.

Niamey sous haute surveillance, l’AES condamne

Dimanche, la capitale restait totalement verrouillée, avec des opérations de contrôle à chaque point d’entrée. Le périmètre de sécurité autour de la présidence a été renforcé, et des pick-up équipés de mitrailleuses ainsi que des barbelés bloquent plusieurs artères.

La Confédération des États du Sahel (AES), qui regroupe le Niger, le Mali et le Burkina Faso, a publié un communiqué condamnant la tentative de déstabilisation et saluant la restauration de l’ordre par les forces de sécurité. La Garde nationale nigérienne a par ailleurs démenti les rumeurs faisant état d’une défection de son commandant, le colonel-major Ahmed Sidian, affirmant qu’il était toujours à son poste et loyal au général Tiani.

Des tensions persistantes

Si le régime assure avoir repris le contrôle de la base 101, plusieurs sources sécuritaires évoquent une situation encore fragile. Des soldats mutins se seraient retirés de leurs positions, notamment en raison de pénuries de munitions, mais resteraient dans Niamey et ses environs, dans l’attente de renforts.

Cette mutinerie révèle les fractures profondes qui traversent l’armée nigérienne, éprouvée par des années de guerre contre les groupes jihadistes et confrontée à des pertes régulières. Pour le général Tiani, qui a rompu avec les partenaires occidentaux et renforcé ses liens avec Moscou, le défi est désormais aussi intérieur qu’extérieur.

Saliou Cissé

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