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Guinée-Bissau : Vigario Luis Balanta retrouvé mort, l’ONU dénonce un climat de répression sous la junte

Guinée-Bissau : Vigario Luis Balanta retrouvé mort, l’ONU dénonce un climat de répression sous la junte

La découverte du corps sans vie d’un militant de la société civile, Vigario Luis Balanta, figure critique du pouvoir militaire en Guinée-Bissau, a ravivé les inquiétudes sur la dérive autoritaire du pays, où plusieurs centaines de manifestants réclamant justice ont été dispersés jeudi par les forces de sécurité dans la capitale.

Vigario Luis Balanta, coordinateur du mouvement citoyen Po di Terra, a été retrouvé mort mardi dans les rizières de Ndam Lero, à une trentaine de kilomètres de Bissau. Selon des témoignages recueillis sur place, son corps présentait de multiples blessures à l’arme blanche ainsi que deux impacts de balle à la tête, suggérant une exécution après des violences prolongées.

Sa mort, qualifiée d’« assassinat » par la Ligue bissau-guinéenne des droits de l’homme (LGDH), intervient dans un contexte de tensions croissantes depuis le coup d’État militaire de novembre 2025, qui a interrompu le processus électoral et porté au pouvoir une junte dirigée par le général Horta N’Tam.

Le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’est dit « choqué » par ce qu’il a décrit comme un « meurtre brutal », appelant les autorités à mener une enquête « approfondie et impartiale ». Il a également dénoncé une série d’atteintes aux libertés fondamentales, évoquant des détentions arbitraires, des actes d’intimidation visant opposants et défenseurs des droits humains, ainsi que la suspension de médias.

« Ce meurtre s’inscrit dans un contexte de réduction progressive de l’espace civique et démocratique », a-t-il déclaré, exhortant les autorités militaires à « faire cesser immédiatement » les violations signalées.

Jeudi, à l’issue des funérailles de Vigario Luis Balanta, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Bissau pour réclamer justice. Certains manifestants portaient des tee-shirts à l’effigie du militant et scandaient des slogans hostiles au régime militaire, appelant à « sauver le pays de la dérive militaire ».

La manifestation a rapidement dégénéré. Des pneus ont été incendiés et des barricades érigées, perturbant la circulation dans plusieurs quartiers du sud et du sud-ouest de la capitale. La police est intervenue à coups de gaz lacrymogène et de matraques pour disperser la foule. Au moins une dizaine de personnes ont été arrêtées, selon des témoins.

Pour de nombreux observateurs, la réaction des forces de sécurité illustre un durcissement du régime face à toute forme de contestation. Depuis le coup d’État, les autorités militaires ont multiplié les restrictions, notamment à l’encontre des organisations de la société civile et des médias indépendants.

Vigario Luis Balanta faisait partie des voix les plus critiques du pouvoir. Quelques jours avant sa mort, il avait dénoncé publiquement des menaces visant sa personne et les membres de son organisation. Dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux, il accusait le régime de « traquer ceux qui s’opposent à sa manière de diriger le pays ».

La LGDH affirme que ces menaces n’ont jamais fait l’objet d’une protection ou d’une enquête de la part des autorités. Elle a annoncé son intention de saisir le parquet afin d’exiger l’ouverture d’une procédure judiciaire.

« Nous demandons des explications claires sur cet assassinat », a déclaré son président, Abubacar Turé, lors d’un forum consacré à la démocratie et aux droits humains. « L’impunité ne peut pas devenir la norme. »

Le rôle potentiel des autorités militaires dans ce climat de violence et d’intimidation est désormais au centre des préoccupations. Si aucune preuve directe ne lie pour l’instant la junte à la mort du militant, plusieurs organisations estiment que la responsabilité du pouvoir est engagée en raison du climat qu’il a instauré.

« Lorsque des défenseurs des droits humains sont menacés et que rien n’est fait pour les protéger, cela envoie un signal dangereux », a déclaré un analyste politique basé en Casamance. « Cela crée un environnement où de tels actes deviennent possibles, voire encouragés. »

La Guinée-Bissau, petit État d’Afrique de l’Ouest situé entre la Casamance et la Guinée, est coutumier de l’instabilité politique. Depuis son indépendance en 1974, le pays a connu plusieurs coups d’État et tentatives de putsch.

La junte au pouvoir proche d’Umaro Sissoco Embalò, a promis un retour à l’ordre constitutionnel, fixant au 6 décembre prochain la tenue d’élections présidentielle et législatives. Mais pour de nombreux acteurs de la société civile, les conditions actuelles ne permettent pas d’envisager un scrutin libre et transparent.

En attendant, la mort de Vigario Luis Balanta apparaît comme un symbole des risques d’assassinats encourus par ceux qui s’opposent au pouvoir militaire, dans un pays où l’espace démocratique est inexistant.

Balanta Mané

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