Etats-Unis / Afrique : Réduction à 20 représentations diplomatiques africaines habilitées à délivrer des visas
L’administration du président américain Donald Trump prévoit de réduire fortement le nombre de représentations diplomatiques africaines habilitées à traiter les demandes de visas pour les États-Unis, une nouvelle mesure qui s’inscrit dans sa politique de restriction de l’immigration et qui pourrait compliquer davantage l’accès au territoire américain pour des millions de voyageurs du continent.
Selon des informations obtenues par l’agence Associated Press auprès de trois responsables américains s’exprimant sous couvert d’anonymat ainsi que d’un document interne du Département d’État, Washington prévoit de concentrer ses activités consulaires liées aux visas dans seulement 20 centres régionaux répartis à travers l’Afrique. La mesure, approuvée par le secrétaire d’État Marco Rubio au cours de la dernière semaine de mai, devrait entrer en vigueur au cours du mois de juin.
Les futurs centres de traitement des visas seront situés à Kinshasa, Dakar, Abidjan, Yaoundé, Accra, Addis-Abeba, Le Cap, Johannesburg, Dar es Salaam, Djibouti, Kampala, Kigali, Lagos, Lomé, Luanda, Malabo, Monrovia, Nairobi, Port-Louis et Praia. Les autres ambassades et consulats américains du continent conserveront principalement des missions destinées aux citoyens américains ainsi que la gestion des situations d’urgence.
Cette réorganisation constitue l’une des dernières initiatives de l’administration Trump visant à réduire le nombre de visas délivrés à des ressortissants étrangers. Depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain a fait de la lutte contre l’immigration, légale comme irrégulière, l’une des priorités de son mandat. Les autorités américaines mettent particulièrement l’accent sur les visiteurs qui entrent sur le territoire avec des visas temporaires mais restent au-delà de la durée autorisée.
La réforme pourrait toutefois avoir des conséquences importantes pour les ressortissants africains. Les citoyens de pays ne disposant pas d’un centre régional devront désormais se rendre dans un autre État pour déposer leur dossier, passer un entretien et accomplir les formalités administratives nécessaires. À des frais de visa déjà élevés pourraient ainsi s’ajouter des dépenses de transport, d’hébergement et parfois l’obtention d’autorisations de voyage supplémentaires.
Des organisations de défense des droits des migrants et plusieurs observateurs estiment que cette mesure risque de créer des inégalités d’accès entre les candidats au voyage selon leur pays de résidence et leurs ressources financières. Pour de nombreux demandeurs, les coûts additionnels pourraient constituer un obstacle majeur à l’obtention d’un visa.
Cette décision intervient alors que Washington a déjà renforcé ses contrôles à l’égard de plusieurs pays africains. L’administration américaine a récemment expérimenté un système de caution pour certains demandeurs de visas, exigeant le versement de sommes comprises entre 5.000 et 15.000 dollars. Ces montants sont restitués lorsque le voyageur quitte les États-Unis conformément aux conditions de son visa.
Certaines exemptions ont néanmoins été accordées à l’approche de la Coupe du monde de football 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, afin de faciliter les déplacements de supporters et de délégations sportives.
Par ailleurs, plusieurs pays africains ont été concernés ces derniers mois par des restrictions de voyage supplémentaires imposées par Washington pour des motifs sécuritaires ou sanitaires, notamment en lien avec la résurgence de foyers du virus Ebola dans certaines régions du continent.
Interrogé sur cette réforme, le Département d’État a indiqué qu’il procédait régulièrement à une évaluation de son réseau diplomatique mondial afin de garantir une utilisation efficace des ressources publiques. « Nous évaluons en permanence nos opérations à l’étranger afin d’utiliser les fonds publics de manière à faire progresser les priorités des États-Unis avec le plus d’efficacité et d’efficience possible », a déclaré un porte-parole.
Cette nouvelle mesure confirme le durcissement de la politique migratoire américaine et pourrait renforcer les tensions avec plusieurs partenaires africains, à un moment où Washington cherche également à maintenir son influence diplomatique et économique face à la concurrence croissante de la Chine et de la Russie sur le continent.
Saliou Cissé
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