Casamance : La paix ne se décrète pas : elle se construit dans nos quartiers (Contribution d’Agnil Etame)
De la Diada de Barcelone aux échanges sur la Casamance, les rencontres de ces derniers jours m’ont conforté dans une conviction : face aux fractures qui traversent nos sociétés, le dialogue et le vivre-ensemble ne sont pas des slogans. Ils sont un choix et une responsabilité collective.
Par Agnil Étame
Il y a des moments qui, au-delà de l’événement lui-même, nous invitent à regarder autrement la société dans laquelle nous vivons.
Ces derniers jours, j’ai eu la chance de participer à plusieurs rendez-vous mêlant culture, citoyenneté, réflexion et engagement. De la Diada du 11 septembre 2026 à Barcelone à la rencontre internationale de la diaspora organisée notamment à Vilanova del Vallès, autour de la paix et de la réalité de la Casamance, j’ai rencontré des personnes, entendu des histoires, partagé des préoccupations et découvert des expériences différentes.
Mais derrière cette diversité de lieux, de parcours et de sensibilités, une même question revenait : comment construire une société capable de vivre avec ses différences sans les transformer en fractures ?
Ma réponse, au terme de ces rencontres, est plus claire que jamais : en construisant des ponts.
La paix commence dans la vie quotidienne
Nous avons parfois tendance à parler de la paix comme d’un objectif lointain, réservé aux diplomates, aux gouvernements ou aux grandes organisations internationales.
C’est une erreur.
La paix commence beaucoup plus près de nous.
Elle commence dans nos quartiers. Dans nos communes. Dans nos écoles. Dans nos associations. Dans nos familles. Dans les espaces où des personnes différentes se rencontrent et doivent apprendre à vivre ensemble.
La paix, ce n’est pas simplement l’absence de conflit. C’est la capacité à dialoguer lorsque nous ne sommes pas d’accord. C’est la volonté de comprendre une réalité que nous ne connaissons pas. C’est le refus de réduire l’autre à son origine, à sa culture, à sa religion, à son accent ou à son parcours.
La paix commence lorsque nous cessons de considérer la différence comme une menace.
Écouter : un acte citoyen
Dans une société où tout semble aller toujours plus vite, prendre le temps d’écouter est devenu presque un acte de résistance.
Écouter véritablement.
Pas pour préparer sa réponse. Pas pour imposer son point de vue. Mais pour comprendre.
Les échanges vécus ces derniers jours m’ont rappelé combien le dialogue peut rapprocher des mondes qui, au premier regard, semblent éloignés.
Les discussions autour de la Casamance ont notamment montré que derrière les grands enjeux politiques et géographiques se trouvent des femmes et des hommes, des familles, des générations, des histoires et des aspirations.
Et lorsque ces réalités sont racontées, entendues et partagées, elles cessent d’être abstraites.
Elles deviennent humaines.
C’est là que commence la compréhension.
La diaspora : des ponts entre plusieurs mondes
La rencontre internationale de la diaspora à Vilanova del Vallès dans la balieue de Barcelone a également mis en lumière une réalité essentielle : les diasporas ne sont pas seulement des communautés installées ailleurs.
Elles sont aussi des espaces de mémoire, de transmission, de solidarité et de dialogue.
Elles vivent entre plusieurs territoires. Elles portent une histoire tout en participant à la construction de leur société d’accueil.
Cette position particulière peut devenir une force.
Elle permet de créer des passerelles entre les territoires d’origine et les territoires d’installation, entre les générations, entre les cultures et entre différentes façons de comprendre le monde.
Nous devons regarder ces ponts comme une richesse, et non comme des lignes de séparation.
Vivre ensemble ne signifie pas penser pareil
C’est peut-être l’une des leçons les plus importantes de ces rencontres : le vivre-ensemble ne signifie pas que nous devons tous penser de la même manière.
Une société vivante est une société plurielle.
Nous pouvons avoir des histoires différentes, des sensibilités différentes, des cultures différentes et parfois des désaccords profonds, tout en partageant un même espace et une même volonté de construire quelque chose ensemble.
L’enjeu n’est donc pas de supprimer les différences.
L’enjeu est de faire de ces différences une force collective.
Cela exige du courage, de la patience et surtout des espaces où la parole peut circuler.
Car lorsqu’il n’y a plus d’espace pour se parler, les préjugés prennent la place du dialogue.
Et lorsque le dialogue disparaît, les murs commencent à se construire.
Il faut créer davantage d’espaces de rencontre
C’est pourquoi la participation citoyenne est si importante.
Nous avons besoin de davantage de lieux et d’occasions où les habitants peuvent se rencontrer, échanger, créer, débattre et agir ensemble.
Nous avons besoin d’associations capables de rapprocher les communautés. D’initiatives culturelles qui donnent à voir la diversité. De collectivités qui favorisent la participation. De citoyens qui acceptent de franchir les frontières invisibles qui séparent parfois les uns des autres.
Le vivre-ensemble ne peut pas être seulement un discours. Il doit devenir une pratique.
Il faut se rencontrer pour se connaître.
Se connaître pour se comprendre.
Et se comprendre pour pouvoir construire ensemble.
Chaque pont compte
Je repars de ces journées avec une conviction encore plus forte : les grandes transformations commencent souvent par de petites choses.
Une rencontre. Une conversation. Une main tendue. Une initiative locale. Une association qui rassemble. Un jeune qui découvre une autre culture. Une personne qui accepte d’écouter une histoire différente de la sienne.
Nous ne réglerons pas toutes les fractures du monde depuis nos quartiers.
Mais nous pouvons décider de la manière dont nous voulons y vivre.
Nous pouvons choisir entre le repli et l’ouverture, entre l’indifférence et la solidarité, entre les murs et les ponts.
La paix ne se décrète pas. Elle se construit.
Elle se construit chaque jour, par nos paroles, par nos actes et par notre capacité à reconnaître l’autre comme un partenaire de la communauté que nous voulons bâtir.
Je remercie sincèrement toutes les personnes et toutes les organisations avec lesquelles j’ai partagé ces moments de réflexion, de culture, de participation et d’engagement.
Ces rencontres m’ont rappelé une chose essentielle : nous avons tous une part de responsabilité dans la société que nous construisons.
Alors, continuons à nous rencontrer.
Continuons à nous écouter.
Continuons à dialoguer.
Et surtout, continuons à construire des ponts.
Parce que chaque pont que nous construisons rapproche des personnes, relie des cultures et ouvre un chemin vers une société plus juste, plus inclusive et plus solidaire.
Contribution d’Agnil Étame pour le Journal du Pays
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