Guinée-Bissau : six mois après l’assassinat de Vigário Luís Balanta, le Premier ministre relance l’enquête
Plus de six mois après la découverte du corps de l’activiste et rappeur Vigário Luís Balanta, le 31 mars 2026, dans les rizières de Ndam Lero (secteur de Nhacra, à une trentaine de kilomètres de Bissau), les autorités de transition de Guinée-Bissau tentent de redonner un élan à une enquête qui n’a toujours pas abouti. Ce vendredi 30 octobre 2026, le Premier ministre Ilídio Vieira Té s’est rendu au bureau du procureur général de la République pour s’enquérir de l’évolution de la procédure judiciaire. Il a réaffirmé la volonté de son gouvernement de faire toute la lumière sur ce crime qui avait profondément choqué l’opinion publique.
Âgé d’environ 32 à 35 ans, Vigário Luís Balanta était président du Mouvement révolutionnaire Pó di Terra (ou Po di Terra). Critique virulent de la junte issue du coup d’État du 26 novembre 2025 qui avait interrompu le processus électoral, il organisait des manifestations pour exiger la restauration de l’ordre constitutionnel et la publication des résultats des élections. Son corps a été retrouvé portant des signes de violence extrême : blessures par arme blanche et deux balles de Kalachnikov. Des témoins et des organisations de droits humains ont parlé d’un passage à tabac jusqu’à la mort.
Le gouvernement de transition avait immédiatement condamné cet « acte barbare » et ordonné des diligences urgentes. La Ligue guinéenne des droits humains, par la voix de son président Bubacar Turé, avait dénoncé une « exécution sommaire extrajudiciaire ». Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’était dit « choqué » et avait appelé à une enquête approfondie et impartiale, dans un contexte de réduction progressive de l’espace civique depuis le coup d’État.
Plusieurs mois plus tard, le dossier piétine. En août 2026, le Journal du Pays rapportait que l’enquête se poursuivait sans conclusions publiques et que le mouvement Pó di Terra s’était en partie replié dans la clandestinité par peur de représailles. Début octobre, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’absence de progrès dans les investigations sur l’enlèvement et le meurtre de l’activiste.
La visite du Premier ministre intervient alors que des changements ont récemment été opérés à la tête de la justice, notamment à la Procuradoria-Geral da República. Elle s’inscrit dans un discours officiel visant à marquer une rupture avec les pratiques d’intimidation. Pour les proches de Balanta, la société civile et les organisations internationales, seuls des résultats concrets – identification des auteurs matériels et des éventuels commanditaires, et jugements équitables – permettront de rétablir la confiance et de combattre l’impunité.
Saliou Cissé
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