Casamance : la flamme olympique accueillie dans le silence et la réserve
La flamme des Jeux olympiques de la jeunesse a fait son entrée jeudi dans la capitale de la Casamance sous un ciel gris et une réception encore plus discrète. Après Oussouye et Bignona, le symbole olympique a rejoint Ziguinchor aux premières heures de la matinée, au Musée-mémorial « Le Joola », avant d’emprunter un parcours de 13 kilomètres à travers plusieurs quartiers, jusqu’au stade Aline Sitoé Diatta.
Aux côtés des membres du Comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse, policiers, militaires, gendarmes, administrateurs et élèves de cinq établissements scolaires primaires et secondaires formaient un cortège estimé par des habitants à peine à 300 personnes. Un commerçant du rond-point Bellal Ly a ironisé sur le camion musical qui accompagnait la délégation, soulignant qu’il semblait plus long que le cortège lui-même. Le long de la route bordant le quartier Santhiaba, un mécanicien a comparé la procession timide à une marche funèbre se dirigeant vers un cimetière.
Dans les quartiers de Lyndiane, Périssac et Boucotte, des groupes de jeunes ont hué le passage et boycotté le cortège.
Le stade Aline Sitoé Diatta, d’une capacité de 10 000 places, n’a accueilli qu’environ un millier de spectateurs, dont la moitié d’élèves, sous une surveillance militaire serrée. La cérémonie officielle a débuté à 17 h 40 en présence du représentant du gouverneur sénégalais, Mor Talla Tine, et du préfet du département, Latyr Ndiaye.
La flamme a fait son entrée dans l’enceinte portée par Nouha Cissé, ancien président du Casa Sports, membre du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance et médiateur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor. Quelques applaudissements, des chants scolaires et le refrain familier « Allez Casa » se sont élevés des gradins. Peu avant 20 heures, la flamme a été éteinte.
Un responsable sénégalais a rappelé à l’assistance clairsemée que la flamme invite à se dépasser et porte des valeurs de paix et de fraternité. Pourtant, en Casamance, de nombreux habitants soulignent que ces valeurs restent lointaines. La semaine dernière, plus de 150 personnes ont été arrêtées par les forces sénégalaises au nord de Bignona et n’ont plus donné de nouvelles, tandis que 25 prisonniers politiques casamançais croupissent toujours dans des prisons de Dakar sans jugement, parfois depuis plusieurs années.
Le passage de la flamme dans la principale ville de la Casamance a ainsi moins ressemblé à une célébration qu’à une illustration discrète de l’écart entre les idéaux qu’elle est censée incarner et les réalités que beaucoup vivent encore ici.
Samsidine Badji (SAM)
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