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Enquête : L’Europe a versé 250 milliards de dollars à la Russie : la grande hypocrisie des sanctions

Enquête : L’Europe a versé 250 milliards de dollars à la Russie : la grande hypocrisie des sanctions

Donald Trump a mis des chiffres là où les dirigeants européens préfèrent les silences. « L’Union européenne a payé 250 milliards de dollars à la Russie pour l’énergie, et les médias de fausses informations ne veulent pas s’approcher de cette histoire. J’ai fait le bon choix pour le peuple américain — TOUJOURS, L’AMÉRIQUE D’ABORD ! », a-t-il martelé pour justifier l’ouverture du marché américain au diesel russe.

Ces 250 milliards ne sont pas une invention de campagne. Ils résument une réalité que Bruxelles et les capitales nationales s’efforcent de relativiser : depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, l’Europe a continué à financer, massivement, le budget de guerre de Moscou tout en multipliant les paquets de sanctions et les discours de solidarité avec Kiev.

Les chiffres que l’Europe préfère ne pas additionner

Avant février 2022, le gaz russe représentait 45 % des importations gazières de l’Union européenne. En 2025, cette part était tombée à 12 %, selon la Commission européenne. La baisse est réelle. Elle a coûté cher en infrastructures, en contrats de GNL américain, qatari ou norvégien, et en factures pour les ménages. Elle n’a pas empêché les flux financiers de rester colossaux.

Le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA) a calculé que les Européens avaient versé 205,7 milliards d’euros à la Russie pour l’énergie entre février 2022 et la fin 2025. Contre toute attente, les volumes ont même progressé au début de 2026. De son côté, le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a affirmé lundi à la télévision que Moscou avait vendu plus de 320 milliards de dollars (environ 286 milliards d’euros) d’hydrocarbures aux pays de l’UE depuis 2022, dont 21,3 milliards de dollars rien qu’au cours des neuf premiers mois de 2026.

Ces montants incluent le pétrole encore acheminé par oléoduc sous le régime d’exemptions dont bénéficient la Hongrie, la Slovaquie et quelques autres États, ainsi que le gaz naturel liquéfié que plusieurs pays, dont la France, continuent d’acheter.

La filière grise et le nucléaire oublié

Les achats directs ne disent pas tout. Une partie croissante du pétrole russe est raffinée en Inde ou en Turquie avant d’être revendue en Europe sous forme de diesel ou d’autres produits pétroliers. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a qualifié cette pratique d’« hypocrisie pure » : l’Europe critique les choix énergétiques de Washington tout en continuant à faire vivre l’économie russe via des intermédiaires asiatiques.

La coopération ne s’arrête pas aux hydrocarbures. Le consortium européen d’enrichissement Urenco a repris, dès 2019, l’envoi d’uranium appauvri depuis son site de Gronau, en Allemagne, vers la Russie, après dix ans d’interruption. Ce flux, peu médiatisé, illustre le caractère sélectif du « découplage » européen : certaines dépendances sont bruyamment dénoncées, d’autres gérées comme des nécessités techniques.

L’équation qui dérange : plus d’argent à Moscou qu’à Kiev

Bessent a formulé le reproche le plus cinglant : depuis le début de la guerre, les Européens ont dépensé davantage pour acheter de l’énergie russe qu’ils n’ont fourni d’aide à l’Ukraine. Les chiffres exacts de l’aide varient selon les méthodologies, mais l’ordre de grandeur des paiements énergétiques n’est guère contesté. L’Europe finance une part importante de la défense ukrainienne tout en restant l’une des principales sources de devises du Kremlin.

À Bruxelles, on répond que la dépendance structurelle a été réduite plus rapidement que beaucoup ne le croyaient possible en 2022, que les exemptions protègent des États particulièrement vulnérables et que les marchés mondiaux de l’énergie rendent l’isolement total irréaliste. Ces arguments sont exacts. Ils n’effacent pas le flux résiduel.

Le miroir américain

La décision de Washington d’ouvrir son marché au carburant russe, la semaine dernière, a provoqué des critiques européennes. Trump et Bessent ont répondu par le registre comptable : l’Europe n’est pas en position de donner des leçons tant qu’elle écrit elle-même de larges chèques à Moscou.

La question n’est plus de savoir si un cargo de diesel russe traverse encore une frontière. Elle est de savoir si un continent qui a mobilisé un capital politique, militaire et moral considérable autour de l’Ukraine peut durablement maintenir des canaux commerciaux parallèles qui alimentent le budget qu’il prétend asphyxier. Les 205,7 milliards d’euros calculés par le CREA, les plus de 300 milliards revendiqués par Moscou, rendent la contradiction mesurable.

L’Europe a réduit sa dépendance au gaz et au pétrole russes. Elle ne l’a pas éliminée. Tant que les flux résiduels et le raffinage via des pays tiers subsisteront, l’accusation d’hypocrisie trouvera matière dans les comptes publics.

Emile Tendeng

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