Casamance : l’armée sénégalaise chasse les paysans Casamançais de leurs terres pendant que la cocaïne circule librement à Touba et à Dakar
Dans le département de Bignona, origine d’Ousmane Sonko, Président de l’Assemblée nationale du Sénégal et leader du Pastef et de Yancouba Diémé, ministre de la défense sous Diomaye Faye, l’armée sénégalaise a déployé pendant trois jours, du 9 au 12 octobre 2026, une vaste opération de « sécurisation » dans les communes de Kafountine et de Diouloulou, mais aussi dans les localités de Kataba 1, Dianah, Abéné, Albadar, Colomba, Bandjikaki, Kabadio, Niafrang et Selety. Bilan officiel : 103 personnes interpellées, plus d’une centaine d’engins immobilisés, 312 000 francs CFA d’amendes. Des contrôles dans les bars, les auberges, les plages, les quais de pêche. Trois personnes pour détention de chanvre indien. Deux pour association de malfaiteurs. Le reste, des vérifications d’identité. Aucun incident, assure la communication officielle. Une opération « régulière » destinée à lutter contre la délinquance et la migration irrégulière.
Mais en Casamance, les populations ne voient plus dans ces déploiements répétés une simple question d’ordre public. Elles y lisent un système.
Depuis mai 2026, dans le nord de Sindian – Massara, Diondji, Niallé, Djieyi, Balla Bassène, Baïpeung, Diakoye – l’armée a quadrillé des villages entiers. Fouilles systématiques des habitations. Saisies de motocyclettes, d’argent liquide, de téléphones, de téléviseurs, de panneaux solaires. Sans procès-verbal. Sans justification. « Ils sont entrés comme des voleurs », confie un habitant de Diondji. Une famille entière – les Tamba – se retrouve en détention : Sadio, Babaye, Moussa, Insa, Kadialy, Adama, Yaya, Dianko. À côté d’eux, Malick Diédhiou, Lamine et Ousmane Diémé, Alpha Sané. Où sont-ils aujourd’hui ? Dans quelles conditions ? L’État reste silencieux. Ce silence évoque d’autres disparitions, celles de Didier Badji et Fulbert Sambou. Il alimente la peur.
Pendant que les militaires rasent des champs de cannabis dans les forêts du nord Sindian et emportent les biens de paysans ordinaires, les grandes routes de la cocaïne continuent de traverser le Sénégal avec une relative impunité. Depuis l’affaire fondatrice de 2007 – 2,4 tonnes saisies près de Mbour –, le pays est devenu un corridor atlantique. 750 kg en 2019 sur le navire Adacious. Plus d’une tonne à Kidira en 2024. Des centaines de kilos à Rufisque, Koumpentoum, Kalifourou. En mai 2026, deux Sénégalaises venant de Dakar sont arrêtées à Casablanca avec 14,8 kg de cocaïne. A la fin de septembre 2026, des hôtesses et stewards d’Air Sénégal ont été interpelés par les services français transportant des colis contenant des pots de lait qui dissimulaient de la drogue dure. Où était l’armée et le contrôle à l’aéroport Blaise Diagne ?
Les populations de Casamance le disent sans détour : faites la même chose à Touba, à Mbacké, sur la Petite-Côte, à Sangalkam, dans les îles du Saloum et dans la banlieue de Dakar. C’est là que circulent les drogues dures et les faux médicaments des gens vraiment fortunés. C’est là que l’on ne voit jamais d’opérations militaires d’envergure. La sélectivité est criante. Le chanvre indien des paysans casamançais est criminalisé avec une énergie particulière. La cocaïne, elle, semble jouir d’une bienveillance stratégique.
Plusieurs pays africains ont choisi de réguler ou de légaliser le cannabis médical et industriel. Le Sénégal, lui, continue de déployer l’armée contre des cultivateurs dans une région historiquement méfiante envers le pouvoir central. L’opération « Elone » de mai 2026 a donné le ton : six tonnes de chanvre saisies, quatorze « éléments » arrêtés – des civils, pas des cadres indépendantistes du MFDC. Le colonel Cheikh Guèye a parlé de « frappe au cœur de l’économie criminelle ». Sur le terrain, des témoins parlent de pillage, et ce pillage continue aujourd’hui encore et certainement pas encore fini.
Le nouveau pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, qui avait fait naître l’espoir d’une rupture, reste pour l’instant muet face à ces dérives. Ce mutisme renforce le sentiment d’une Casamance mise à part, d’une population traitée en suspect permanent pendant que les véritables réseaux de drogue dure prospèrent ailleurs.
La vraie menace pour le Sénégal n’est pas le champ de cannabis d’un paysan de Sindian. Elle réside dans la corruption institutionnelle, le blanchiment qui s’installe dans l’immobilier de Rufisque et Noflaye, et dans l’impunité des puissants. Tant que l’État déploiera ses forces contre les agriculteurs et les acteurs économiques de Casamance tout en fermant les yeux sur les flux de cocaïne qui traversent ses ports, ses aéroports et ses routes, la « guerre contre la drogue » restera une fiction commode. Une fiction qui sert avant tout à maintenir la pression sur une Casamance résistante.
Pour la majorité des Casamançais qui réclament la libération immédiate des prisonniers et des cultivateurs arrêtés, la question n’est plus seulement sécuritaire. Elle est devenue existentielle. Quand l’État sénégalais s’attaquera-t-il enfin, sans complaisance ni sélectivité, au corridor de la cocaïne qui menace toute la sous-région ? Et jusqu’à quand la Casamance devra-t-elle payer seule le prix d’une politique à deux vitesses ?
La paix durable ne se construira pas par des razzias. Elle exige la vérité sur l’histoire coloniale de la Casamance, et la justice. Et cette justice commence par cesser de traiter les paysans casamançais comme des sans-droits et des sous-humains.
Samsidine Badji (SAM)
Commentaires (5)
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Bapoulo
UNE ARMEE POUR ARRETER DES MOTOS ET PIROGUES DES IMMIGRES ET DES CULTIVATEURS …. C’EST CA LA SECURISATION DE LA CASAMANCE
Anonyme
Ça c’est le côté belliqueux diablesse de l’ethnie Wolof. Ils le faisaient dans les années 80-90 avec les arabes maures narr y a saleté so poubè do labbou so sawè do labbou. C’est les seuls au Sénégal que tu trouves aussi indiscipliné voilà pourquoi ce pays est pauvre alors que c’était la porte d’entrée des colons en Afrique en laissant tout infrastructure mais ça n’a rien servi à cause. même en Casamance le mfdc ne voulais pas entendre parler on se souvient le sort des pécheurs, du bateau le Joola .
Anonyme
Faut faire la même chose chez les Wolofs à Touba et arrêter de cibler les zones Peulhs, les Mandingues, Mancagnes et Diolas
Zeus
A Mbacké au cœur du Sénégal c’est là-bas ou on trafique les drogues dure et les faux médicaments des gens vraiment fortunés ils ne sont pas inquiétés
Awagna2000
Il y a que des pillages de pauvres cultivateurs, pêcheurs et petits commerçants. La Petite côte, Sangalkam, les îles du Saloum et dans la banlieue de Dakar et de Touba ont plus besoin de ce type d’opérations.avec des armes de guerre comme si nous sommes des terroristes chez-nous. Basta