Casamance : Blindés et soldats cagoulés contre une prière : l’armée sénégalaise arrête 33 indépendantistes casamançais, indignation mondiale de Québec à Barcelone
Dans le calme relatif du quartier Lyndiane, au cœur de Ziguinchor, plus d’une centaine de militaires sénégalais lourdement armés, appuyés selon plusieurs témoins par des blindés, ont encerclé mardi 27 octobre 2026 un rassemblement pacifique. Des hommes et des femmes se recueillaient au siège de la cellule de Mangoukouro du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Ils commémoraient le septième anniversaire de l’assassinat d’Abdou Elinkine Diatta, figure locale du mouvement, abattu le 27 octobre 2019 à Mlomp.
Trente-trois personnes, dont onze femmes, ont été interpellées. Selon des sources locales indépendantes, les participants étaient en pleine prière et en recueillement lorsque l’opération a été déclenchée. Les personnes arrêtées ont été emmenées vers une destination encore non précisée. Téléphones, documents, insignes, drapeaux, matériel informatique et même des objets rituels auraient été saisis.
L’image d’une opération militaire d’envergure menée contre des citoyens en prière a immédiatement provoqué une onde de choc en Casamance et bien au-delà. Dans les milieux indépendantistes du Québec, de Catalogne, d’Écosse et d’Irlande du Nord, des voix se sont élevées pour dénoncer ce qu’elles qualifient de « répression pure et simple de la mémoire ». Des associations de la diaspora casamançaise en Europe, aux États-Unis et en Afrique ont multiplié les appels à la libération immédiate des détenus et à une enquête indépendante.
Abdou Elinkine Diatta, né à Mlomp, avait quitté le maquis pour prôner le dialogue. Musicien sous le nom d’Abdou Aboténi, il sillonnait les villages en chantant la fraternité dans les langues du terroir. Secrétaire général autoproclamé du MFDC en 2018, il avait transformé le siège de Mangoukouro en symbole d’un mouvement civil et politique. Son assassinat, jamais élucidé, reste une plaie ouverte. Plusieurs de ses compagnons sont toujours détenus dans les prisons de Dakar.
Pour de nombreux Casamançais, cette opération s’inscrit dans une longue série de tensions. Depuis 1960, la Casamance séparée du Sénégal par la Gambie et marquée par un conflit qui a fait des milliers de morts et de déplacés, vit sous une pression sécuritaire permanente après plusieurs accords de paix signés sans suite. Les autorités sénégalaises présentent régulièrement ces interventions comme des opérations de maintien de l’ordre. Les populations et les militants y voient une criminalisation de toute expression d’identité et de mémoire.
L’absence d’informations officielles sur le lieu de détention des 33 personnes et sur les éventuelles charges retenues contre elles alimente les craintes. Des responsables politiques du MFDC ont condamné avec fermeté ce qu’ils décrivent comme une « démonstration de force destinée à terroriser ». Ils insistent pour que les divergences politiques au Sénégal entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne se règlent pas « sur le dos de la Casamance ».
À l’étranger, l’écho a été rapide. Au Québec, des groupes solidaires des causes autonomistes ont rappelé les parallèles avec d’autres luttes pour la reconnaissance. En Catalogne et en Écosse, des militants indépendantistes ont dénoncé une atteinte aux libertés fondamentales. En Irlande du Nord, des organisations de la société civile ont appelé la communauté internationale à surveiller la situation. La Diaspora Casamançaise, dispersée entre Paris, New York, Montréal, Bamako, Bissau, Banjul et plusieurs capitales africaines, multiplie les mobilisations et les demandes d’explications auprès des chancelleries.
Le conflit en Casamance, l’un des plus anciens d’Afrique de l’Ouest, a connu des phases de dialogue interrompues et de violence larvée. L’assassinat d’Abdou Elinkine Diatta, resté sans réponse judiciaire claire, symbolise pour beaucoup l’échec de la réconciliation. Dans ce contexte, l’image de soldats cagoulés interrompant une cérémonie de prière a ravivé les vieilles blessures.
Alors que les prochains jours s’annoncent décisifs, les questions restent nombreuses : où se trouvent les personnes interpellées ? Dans quelles conditions sont-elles détenues ? L’État sénégalais ouvrira-t-il une enquête transparente ? Et la communauté internationale, longtemps discrète sur ce conflit oublié, choisira-t-elle enfin de s’y intéresser de près à la veille des jeux olympiques de la jeunesse à Dakar ?
En Casamance, le silence officiel pèse lourd. Mais la mémoire, elle, ne se laisse pas aussi facilement encercler.
Antoine Bampoky
Laisser un commentaire
Vous devez être connecté en pour poster un commentaire.
