Sahara occidental : Le front de rejet du projet américain contre le référendum s’élargit
Le projet de résolution américain sur le Sahara occidental, distribué le 22 octobre aux membres du Conseil de sécurité, provoque une levée de boucliers. Sidi Mohamed Omar, représentant du Front Polisario auprès des Nations unies et coordinateur avec la MINURSO, le qualifie de « déviation extrêmement grave et sans précédent ». Selon lui, le texte rompt avec le droit international et les fondements sur lesquels le Conseil a toujours traité ce dossier de décolonisation.
Le projet prévoit de rebaptiser la MINURSO « Mission des Nations unies pour le Sahara occidental », effaçant toute mention du référendum. Il met fin, dans six mois, à son mandat de maintien de la paix pour la transformer en mission politique spéciale jusqu’en octobre 2027. Surtout, il érige « la véritable autonomie sous souveraineté marocaine » en seule solution envisageable et fait de la proposition marocaine l’unique base des négociations. Pour le Polisario, c’est une exclusion pure et simple du droit à l’autodétermination et de l’option indépendantiste.
Dans un courrier adressé à la présidente du Conseil de sécurité, Sidi Mohamed Omar affirme que le texte ne peut servir de base aux discussions. Son adoption en l’état forcerait le Front Polisario à se retirer du processus de paix. Eric Hagen, de l’Observatoire des ressources naturelles du Sahara occidental, va plus loin : le projet « viole la Charte des Nations unies » et risquerait de consacrer l’occupation plutôt que d’y mettre fin. Il s’interroge sur le précédent dangereux que cela créerait pour d’autres territoires occupés.
Le secrétaire général António Guterres avait pourtant rappelé, le 1er octobre, le caractère inaliénable du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et la nécessité d’une consultation libre. Les réfugiés des camps, dont les conditions se dégradent, ne sauraient être renvoyés sans traitement des causes de leur exil, sous peine de violer la Convention de Genève.
Alors que le mandat de la MINURSO expire le 31 octobre, les analystes redoutent une escalade. En imposant une solution prédéterminée après plus de cinquante ans de conflit, Washington risque d’enterrer le processus lancé en 1991 et de transformer une mission de décolonisation en instrument de légitimation du statu quo.
Saliou Cissé
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