Sénégal : Moody’s abaisse la note souveraine en devises et met une pression maximale sur la crédibilité financière et le blocage budgétaire
Le Sénégal subit une nouvelle atteinte à sa crédibilité financière. Le 29 octobre 2026, l’agence Moody’s a abaissé la note souveraine en devises du pays de Caa2 à Ca, soit la cinquième dégradation consécutive en peu de temps. La perspective est passée de négative à stable. Cette note Ca, l’avant-dernier échelon de l’échelle de Moody’s, signale une dette très spéculative, en défaut ou proche du défaut, avec des perspectives de récupération partielle pour les créanciers.
Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions sur les finances publiques. Après la révélation de passifs non déclarés sous l’administration précédente, la dette publique a grimpé à environ 97 % du PIB. En septembre, le gouvernement a annoncé son intention de restructurer sa dette dans le cadre commun du G20. Moody’s anticipe désormais des pertes plus élevées pour les créanciers privés étrangers, notamment les détenteurs d’eurobonds, dans une fourchette de 35 % à 65 %, au-delà d’un simple reprofilage. La note en monnaie locale reste à Caa2, la dette locale n’étant pas incluse dans le traitement envisagé. L’appartenance à l’UEMOA constitue un facteur stabilisateur selon l’agence, en limitant certains risques de change et de liquidité.
Parallèlement, le rejet répété de la loi de finances rectificative 2026 par la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale aggrave l’incertitude. Après un premier refus, le texte a été rejeté une deuxième fois le 30 octobre 2026. Le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan a pris acte de cette décision, affirmant avoir transmis des éclaircissements détaillés sur les subventions énergétiques, les bourses de sécurité familiale et d’autres points. Le groupe parlementaire PASTEF, majoritaire, a jugé ces réponses insuffisantes. Ce blocage survient alors que les marges budgétaires sont réduites et que des discussions se poursuivent avec le FMI.
L’enjeu est clair : la capacité du gouvernement à restaurer la confiance des investisseurs, à faire avancer le traitement de la dette et à stabiliser les finances publiques dans un environnement institutionnel tendu.
Balanta Mané
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