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Casamance : « Le sang de la Casamance et des rues de Dakar a coûté à Macky Sall le trône de l’ONU »

Casamance : « Le sang de la Casamance et des rues de Dakar a coûté à Macky Sall le trône de l’ONU »

Samedi 17 octobre, depuis Marrakech, l’ancien président sénégalais Macky Sall a jeté l’éponge. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, l’homme qui a dirigé le Sénégal pendant douze ans (2012-2024) a retiré sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, au lendemain d’un sixième vote indicatif du Conseil de sécurité qui l’avait laissé avec seulement cinq « encourage » contre dix « décourage », dont trois émanant de membres permanents.

« J’ai décidé de retirer ma candidature […] avec un profond sens des responsabilités, en espérant contribuer ainsi à l’émergence d’une candidature consensuelle », a-t-il écrit, ajoutant que les votes successifs montraient une préférence claire pour un candidat d’Amérique latine et des Caraïbes, « éventuellement féminin ».

La décision met un terme à une candidature atypique, portée d’abord par le Burundi en mars 2026, puis endossée tardivement par Dakar en juillet, après une rencontre entre M. Sall et le président Bassirou Diomaye Faye. Ce dernier avait même renouvelé son soutien le 24 septembre à la tribune de l’Assemblée générale, vantant un « leadership expérimenté » capable de « bâtir des ponts ».

Mais les diplomates ne s’y sont jamais trompés. Le passif était trop lourd.

Ce passif porte un nom : les fantômes de la Casamance et, plus encore, ceux de la répression politique de 2021-2024. Pendant douze ans, M. Sall a laissé s’enliser un conflit indépendantiste chronique dans le sud du pays, terre d’Aline Sitoé Diatta, sans jamais le résoudre pleinement. Des accords partiels non inclusifs, sans résultat concret, ont été signés, la blessure est restée ouverte, les mines antipersonnel continuent de mutiler, et les prisonniers politiques casamançais croupissent sans jugement pendant des années dans les geôles de Dakar.

Plus encore, les rues de Dakar et de plusieurs villes du pays se souviennent. Entre 2021 et 2024, les manifestations contre les arrestations d’opposants et les manœuvres suspectées autour d’un troisième mandat ont été réprimées dans le sang. Amnesty International a documenté au moins 65 morts, majoritairement par balles. Les familles et les collectifs de victimes parlent de plus de 70, voire 80.

Dans les derniers jours de son pouvoir, en mars 2024, une loi d’amnistie controversée a couvert ces faits, privant les familles de justice. Même si des révisions ultérieures ont tenté de lever partiellement cette impunité, le mal était fait. L’image de l’ancien chef d’État était déjà ternie auprès de nombreux membres du Conseil de sécurité.

Qui peut sérieusement croire qu’un homme dont le bilan en matière de droits humains et de gestion de la crise casamançaise est contesté par les victimes elles-mêmes puisse incarner les Nations unies ? Les associations de familles de victimes ont dénoncé le soutien de Bassirou Diomaye Faye comme une trahison de la mémoire nationale. « On ne peut pas verser du sang puis diriger les Nations unies », résume la colère qui gronde encore au Sénégal.

Le président Faye, élu sur la promesse d’une rupture, a choisi de porter la candidature de celui qui symbolise pour beaucoup l’impunité. Ce soutien, présenté comme une démarche d’unité nationale et de défense de l’Afrique, ressemble davantage à un calcul politique qui s’est retourné contre ses auteurs. Le retrait de Macky Sall laisse désormais l’Ougandais Olara Otunnu comme seul candidat africain encore en lice, dans une course qui semble de plus en plus pencher vers l’Amérique latine.

Dans les couloirs de l’ONU, on murmure déjà : l’Afrique n’a pas seulement perdu un candidat. Elle a rappelé au monde que le passé, même amnistié, finit toujours par rattraper ceux qui prétendent le gouverner.

Samsidine Badji (SAM)

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