Catalogne : Après neuf ans d’exil, le leader indépendantiste Carles Puigdemont peut rentrer dans son pays : la justice lève le dernier obstacle
Après près d’une décennie d’exil forcé en Belgique, Carles Puigdemont, figure emblématique de l’indépendantisme catalan, peut enfin regagner l’Espagne. Mardi 6 octobre 2026, le Tribunal suprême espagnol a annulé, avec effet immédiat, les mandats nationaux de recherche, d’arrestation et de détention qui pesaient sur l’ancien président de la Generalitat, ainsi que sur les anciens conseillers Antoni Comín et Lluís Puig. La décision, signée par le magistrat Pablo Llarena, intervient dans la foulée d’un arrêt du Tribunal constitutionnel validant l’application de la loi d’amnistie de 2024 au délit de malversation lié au référendum d’indépendance de 2017.
Le communiqué de la Cour est clair : les mandats sont levés « jusqu’à nouvelle décision judiciaire expresse ». Pour Puigdemont, menacé par la justice espagnole, avait quitté la Catalogne quelques jours après la proclamation unilatérale d’indépendance du 27 octobre 2017, c’est la fin d’une longue parenthèse. À l’époque président de la Catalogne, une région prospère du nord-est de l’Espagne, il avait organisé un référendum interdit par Madrid, sévèrement réprimé par les forces de l’ordre, avant de se s’exiler à Waterloo, près de Bruxelles, où il a maintenu une activité politique intense depuis près de neuf ans.
Cette levée de mandat n’est pas seulement juridique. Elle s’inscrit dans un contexte politique particulièrement sensible. Puigdemont, à la tête du parti Junts per Catalunya, avait été un acteur clé de l’investiture de Pedro Sánchez en 2023 : les voix de ses députés avaient permis au socialiste de conserver le pouvoir en échange de l’adoption de la loi d’amnistie destinée aux dirigeants catalans poursuivis dans le cadre du « procès ». Or, c’est précisément au lendemain de l’annonce par Sánchez d’élections anticipées pour le 29 novembre que le Tribunal suprême a tranché. Le Premier ministre s’est d’ailleurs félicité de la décision, estimant qu’elle permettait à la Catalogne de « regarder vers l’avenir » et qu’elle répondait à une demande de longue date de la société catalane.
Puigdemont devait s’exprimer à 16 heures GMT depuis sa résidence de Waterloo pour préciser les modalités et le calendrier de son retour. Selon ses proches, il souhaite « s’immerger » à nouveau dans la vie politique catalane.
Au-delà des frontières espagnoles, la nouvelle a trouvé un écho particulier dans d’autres mouvements indépendantistes. En Casamance, engagée depuis 1947 dans une revendication indépendantiste, Ousmane Tamba, leader résidant en Suisse du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), a salué la décision du Tribunal suprême. « Nous nous réjouissons de la liberté retrouvée du président catalan », a-t-il déclaré, rappelant le soutien historique que le MFDC avait apporté à Puigdemont. Dès 2017, Tamba s’était rendu à Barcelone pour exprimer sa solidarité avec le peuple catalan et son président, dans un geste de fraternité entre deux combats pour l’autodétermination.
Cette résonance internationale souligne la dimension symbolique de l’affaire : pour de nombreux indépendantistes à travers le monde, le retour de Puigdemont représente plus qu’une victoire judiciaire. C’est la preuve, disent-ils, qu’un exil politique n’est jamais définitif lorsque le rapport de forces évolue. En Espagne, cependant, le débat reste vif. Les opposants à l’amnistie y voient une concession excessive qui fragilise l’État de droit ; ses partisans, au contraire, y lisent un acte de pacification nécessaire après une crise qui avait plongé le pays dans sa plus grave fracture institutionnelle depuis la Transition démocratique.
Alors que l’Espagne s’apprête à entrer dans une campagne électorale anticipée, le retour possible de Puigdemont ajoute une variable imprévisible. Homme de conviction pour les uns, provocateur pour les autres, l’ancien président catalan regagne la scène nationale au moment où les équilibres politiques sont les plus fragiles. Après neuf années passées à militer depuis l’étranger, il reviendra, cette fois, sans le spectre immédiat de l’arrestation. Reste à savoir ce qu’il fera de cette liberté retrouvée.
Emile Tendeng
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