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Guinée-Bissau : La justice rattrape-t-elle Umaro Sissoco Embalò ? La junte ouvre un nouveau front politique

Guinée-Bissau : La justice rattrape-t-elle Umaro Sissoco Embalò ? La junte ouvre un nouveau front politique

La transition militaire en Guinée-Bissau vient de franchir une nouvelle étape dans son bras de fer avec l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Selon des informations locales, les autorités de transition dirigées par le général Horta Inta-A auraient décidé d’engager des enquêtes judiciaires sur les assassinats et les violations des droits humains imputés à la période de gouvernance de l’ancien chef de l’État. Une annonce qui, si elle est confirmée officiellement, pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans la crise politique bissau-guinéenne.

Embaló dans le viseur de la justice

Au cœur de cette nouvelle séquence politique figure Umaro Sissoco Embaló, renversé par les militaires en novembre 2025, à la suite d’une crise électorale particulièrement tendue.

Installé au Maroc depuis son éviction, l’ancien président se retrouve désormais confronté à une situation politique et judiciaire de plus en plus incertaine. Les autorités militaires lui ont déjà interdit de regagner le territoire national, invoquant des impératifs de sécurité nationale et de maintien de l’ordre public.
Cette interdiction, annoncée début octobre, avait notamment compromis ses ambitions de participer à la prochaine élection présidentielle.

D’après les informations rapportées le 2 novembre, l’ouverture annoncée d’enquêtes sur les assassinats commis sous son mandat pourrait désormais donner une dimension judiciaire à la rupture entre l’ancien pouvoir et les nouvelles autorités.

Les prisonniers politiques au centre de la décrispation

Autre annonce particulièrement significative : la libération des prisonniers politiques comme celle du Général de Brigade Daba Na Walna et de Tcherninho Bary favorise la décrispation.

Cette éventuelle mesure constituerait un signal important dans un pays où les arrestations arbitraires, les restrictions des libertés publiques et les intimidations contre les opposants ont alimenté de nombreuses inquiétudes depuis le coup d’État.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine avait d’ailleurs, le 1er octobre dernier, exprimé sa profonde préoccupation devant l’absence de progrès dans l’enquête sur l’enlèvement et l’assassinat de l’activiste politique Vigário Luís Balanta. L’organisation continentale avait également exigé la libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers politiques détenus sans jugement.

Si les libérations déjà effectives et le retour de plusieurs exilés contribuent ainsi à réduire les tensions et à restaurer une partie de la confiance entre les autorités de transition et les forces politiques.

Une transition militaire qui cherche encore sa légitimité

Derrière les annonces de libération et de justice, une question fondamentale demeure : les autorités militaires sont-elles réellement engagées dans une restauration de l’ordre constitutionnel ou cherchent-elles avant tout à consolider leur propre pouvoir ?

Le report des élections générales initialement prévues le 6 décembre 2026 nourrit cette interrogation. Le scrutin a été repoussé sine die, alors même que la transition avait été présentée comme un processus destiné à rétablir un pouvoir civil.

Par ailleurs, les restrictions imposées aux partis politiques et à la société civile continuent de susciter des inquiétudes au sein de la communauté internationale.

L’Union africaine et la CEDEAO devront donc veiller à ce que les éventuelles mesures de décrispation ne servent pas simplement à donner une apparence de légitimité à une transition militaire prolongée.

L’heure des comptes ou une nouvelle bataille politique ?

Pour Umaro Sissoco Embaló, l’étau politique se resserre. Entre son exil, l’interdiction de retour et les enquêtes judiciaires annoncées, son avenir politique apparaît de plus en plus incertain.

Mais la véritable épreuve pour la Guinée-Bissau ne consiste pas uniquement à solder les comptes de l’ancien régime. Elle réside surtout dans la capacité des nouvelles autorités à garantir une justice indépendante, à protéger les libertés fondamentales et à organiser des élections libres, transparentes et inclusives.

Car une transition ne peut durablement se construire sur la seule éviction d’un ancien dirigeant. Elle doit aussi reposer sur le respect de l’État de droit.

À Bissau, la question n’est donc plus seulement de savoir quel avenir attend Umaro Sissoco Embaló. Elle est désormais de savoir si la Guinée-Bissau parviendra enfin à sortir du cycle des crises politiques et des interventions militaires.

ARDiallo

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