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Casamance : les ponts qui n’arrivent jamais et les promesses du Sénégal qui s’effacent

Casamance : les ponts qui n’arrivent jamais et les promesses du Sénégal qui s’effacent

À Goudomp, Témento et Ziguinchor, les annonces de grands travaux se succèdent depuis des années. Mais derrière les milliards annoncés, les habitants continuent de vivre avec les routes impraticables, les inondations et des infrastructures vieillissantes.

Goudomp, la pluie ne lit pas les communiqués du gouvernement.

À Goudomp, lorsque les eaux envahissent les rues, les promesses présidentielles de drainage et de modernisation deviennent difficiles à distinguer du décor. En mars 2023, Macky Sall était venu lancer PROMOVILLES : plus de cinq kilomètres de voiries, des ouvrages de drainage, de l’éclairage public et un investissement annoncé de plus de trois milliards de francs CFA.

Trois ans plus tard, les habitants attendent encore une partie essentielle de ce qui leur avait été promis.

Fin juin 2026, le constat ne venait pas d’une opposition politique classique. Des jeunes de la coalition DiomayePrésident à Goudomp ont eux-mêmes demandé la reprise des travaux, dénonçant notamment l’absence ou l’arrêt du drainage et du pavage. Leur inquiétude est concrète : sans évacuation efficace des eaux pluviales, chaque hivernage transforme les insuffisances urbaines en problème de sécurité et de santé publique.

À quelques dizaines de kilomètres, un autre projet raconte une histoire similaire.

Le pont de Témento-Bambali figurait parmi les engagements annoncés lors du Conseil des ministres délocalisé de Sédhiou en mars 2023, dans un programme régional évalué à environ 400 milliards de francs CFA. Il devait contribuer à désenclaver le Balantacounda.

Mais le pont n’est toujours pas sorti de terre.

En 2025, le gouvernement reconnaissait que les études initiales devaient être reprises, après une réévaluation importante du coût du projet. Le dossier devait être intégré au Plan Diomaye pour la Casamance. En 2026, l’absence de chantier alimente cependant la frustration des élus et des habitants.

Pour une région où les distances peuvent décider de l’accès à un hôpital, à un marché ou à une administration, un pont manquant n’est pas une abstraction budgétaire.

C’est du temps perdu.

À Ziguinchor, le problème est plus urgent encore.

Le pont Émile Badiane, construit dans les années 1970 et inauguré en 1979, demeure un axe vital pour la Casamance. Des collectifs citoyens alertent depuis plusieurs années sur son vieillissement. En mai 2026, un minibus a chuté dans le fleuve, faisant un mort, un disparu et un rescapé. L’accident ne permet pas, à lui seul, d’établir que l’état du pont en est la cause. Mais il a ravivé une inquiétude ancienne.

Les autorités ont désormais annoncé un second pont. Une enveloppe initiale de 25 milliards de francs CFA a été annoncée et une cérémonie de pose de première pierre était prévue fin juillet 2026. Elle a finalement été reportée.

C’est ici que se trouve le véritable enjeu.

La Casamance n’est pas une région sans projets. Elle est une région où les annonces sont nombreuses, mais où le citoyen peine encore à suivre le trajet complet de l’argent public : de la promesse au contrat, du contrat au chantier, puis du chantier à l’ouvrage livré.

Le gouvernement actuel affirme vouloir accélérer les infrastructures. Les autorités disposent désormais d’une occasion de rompre avec le cycle précédent.

Il ne faudra pas un nouveau discours.
Il faudra des preuves.

Un chantier à Goudomp. Un pont à Témento. Un second pont à Ziguinchor.

Et, surtout, des calendriers respectés.

Car pour les habitants de la Casamance, le développement ne se mesure plus au nombre de milliards annoncés depuis Dakar.

Il se mesure à ce qui est réellement construit lorsqu’on regarde enfin la route en attendant l’indépendance.

ARDiallo

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