Casamance : Emmanuel Macron à Dakar et quand la France veut parler de paix en Casamance, alors que l’ombre de la décolonisation plane toujours
Selon des informations non confirmées par l’Élysée, mais largement relayées par plusieurs sources diplomatiques et médias sénégalais, Emmanuel Macron se rendra à Dakar les 30 et 31 octobre, à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse. Il y rencontrera le président Bassirou Diomaye Faye. Officiellement, le voyage s’inscrit dans le soutien à un événement sportif historique pour l’Afrique. Officieusement, l’agenda politique est autrement plus chargé : paix en Casamance, déminage, développement.
Pour beaucoup de Casamançais, ce déplacement a un goût d’inachevé. La Casamance a ses morts pour la France.
Depuis 1960, année des indépendances africaines, le territoire de la Casamance a payé le prix d’un conflit qui a fait des milliers de morts, de déplacés et de terres minées. Des accords successifs sans succès, ont ravivé les tensions. Le déminage pourtant soutenu par l’Inde et le Japon est au point mort. Des terres agricoles sont difficilement accessibles. Des familles retrouvent le chemin de l’exil en Gambie, pourchassées par les forces armées sénégalaises dans le nord de Bignona. Mais la mémoire, elle, ne se démine pas aussi facilement. Sur le plus ancien des monuments de Ziguinchor, capitale de la Casamance, est écrite cette phrase : « La Casamance a ses morts pour la France« .
Dans les villages de la Basse, la Moyenne et de la Haute Casamance, de Carabane à Kédougou, la question revient avec une constance obstinée : que fait la France de sa responsabilité historique ? Pendant la colonisation, puis dans les premières décennies de l’indépendance, l’armée, la justice et l’administration sénégalaises — formées, armées et souvent influencées par l’ancienne puissance tutélaire — ont exercé une répression dont les cicatrices restent vives. Les archives encore largement fermées : autant de dossiers que Paris n’a jamais vraiment tranchés.
Macron, dit-on, voudrait parler de paix en Casamance et de développement. Les populations, elles, demandent des explications. Pas seulement des projets d’infrastructures ou des financements de déminage. Une parole claire sur le passé.
Le contexte français n’arrange rien. À peine quelques jours après des manifestations contre le coût de la vie qui ont dégénéré en violences urbaines, pillages et couvre-feux localisés dans plusieurs villes, le président français s’envole pour une tournée au Moyen-Orient vivement critiquée. « Déconnecté », « hors sol », « il n’y a plus de pilote dans l’avion » : les formules fusent, y compris dans son propre camp. Et c’est dans ce climat qu’il s’apprêterait à poser le pied à Dakar, première visite officielle sous la présidence de Diomaye Faye, après le retrait partiel des forces françaises du Sénégal en 2025.
Pour les observateurs africains, la France a déjà perdu le droit de donner des leçons. Pour une partie de la jeunesse casamançaise, le voyage de Macron ressemble à une tentative de redorer un blason terni, sans jamais regarder vraiment en face ce qui a été brisé ici.
Les Jeux olympiques de la jeunesse auraient pu être un moment purement festif. Premiers JOJ organisés en Afrique, symbole de jeunesse et de renouveau. Ils risquent d’être aussi le théâtre d’une confrontation mémorielle. Macron peut venir parler de paix. Mais la paix, en Casamance, commence par la vérité. Et la vérité, pour l’instant, n’est toujours pas entièrement écrite et dite. Macron doit se rappeler que la Casamance a ses morts pour la France libre.
Dans les rizières encore minées et les villages qui se reconstruisent lentement, on attend moins des discours que des actes. Et surtout, une reconnaissance qui ne se contente pas de formules diplomatiques.
Cathy Manga
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