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Guinée-Bissau : la transition militaire s’installe, les élections de décembre compromise

Guinée-Bissau : la transition militaire s’installe, les élections de décembre compromise

En Guinée-Bissau, le retour à l’ordre constitutionnel semble une nouvelle fois repoussé. Le 8 octobre 2026, la vice-présidente de la Commission nationale électorale (CNE), Felisberta Moura Vaz, a déclaré à la presse que les conditions techniques n’étaient pas réunies pour organiser la présidentielle et les législatives initialement prévues le 6 décembre. « Le président de la Transition nous a convoqués pour entendre notre opinion sur les possibilités de respect de la date du 6 décembre. Nous lui avons dit que, techniquement, les conditions ne seront pas réunies pour organiser des élections », a-t-elle affirmé. Elle a toutefois précisé que le report ne relève pas de la compétence de la CNE, mais des prérogatives du président de transition, le général Horta N’Tam.

Le même jour, le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, a abondé dans le même sens après une rencontre avec le général. Selon lui, les formations politiques ne sont pas prêtes : les directoires de la plupart des partis n’ont pas été renouvelés et de nouvelles instances de base doivent être mises en place. « Les conditions ne sont donc pas réunies pour organiser des élections fiables », a-t-il conclu. Les candidatures n’ont pas non plus été déposées dans les délais auprès de la Cour suprême.

Ces scrutins devaient clore la période de transition ouverte par le coup d’État du 26 novembre 2025. Ce jour-là, l’armée avait renversé le président Umaro Sissoco Embaló à la veille de la proclamation des résultats de la présidentielle et des législatives tenues quelques jours plus tôt. Le général Horta N’Tam, alors proche de l’ancien chef de l’État, avait été installé à la tête d’un pouvoir militaire pour une durée d’un an.

Depuis, le pouvoir a consolidé son emprise. Le 30 août 2026, un référendum constitutionnel, boycotté par une partie de l’opposition, a approuvé à 70 % le passage d’un régime semi-présidentiel à un régime présidentiel fort. Le président gagne le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre et le gouvernement, de dissoudre le Parlement dans certaines circonstances, tandis que le nombre de députés est réduit de 102 à 65.

Dans les jours précédant les déclarations sur le report, le pouvoir a accéléré une purge. Le ministre de l’Intérieur, Mamasaliu Embaló (frère de l’ex-président), et la ministre de la Pêche Virgínia Maria da Cruz Godinho Pires Correia ont été limogés et remplacés par des figures alignées sur la junte. Parallèlement, l’ancien président, en exil au Maroc, avait annoncé fin septembre sa candidature et son retour. Les autorités militaires l’ont empêché d’entrer dans le pays, invoquant des raisons de sécurité.

En mettant en avant la désorganisation des partis et les difficultés techniques, les autorités de transition ouvrent la voie à une prolongation de la période militaire. Ce qui devait être un retour rapide des civils au pouvoir se transforme en consolidation d’un contrôle institutionnel et sécuritaire. La décision finale sur une nouvelle date appartient désormais au général Horta N’Tam.

Balanta Mané

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