Casamance : La dépossession des terres des exilés ravive les tensions
À Ziguinchor, le forum organisé par l’Université Assane Seck (UASZ) et la Fondation Konrad Adenauer a mis en lumière un défi majeur de la reconstruction post-conflit : le retour des populations déplacées confrontées à la perte de leurs terres. Paul Diédhiou, enseignant-chercheur à l’UASZ, et Ousmane Massali, maire de Yarang Balante, ont rappelé que des années d’exil ont laissé des exploitations abandonnées, aujourd’hui occupées par d’autres cultivateurs qui y ont planté anacardiers et agrumes.
« Le foncier constitue un problème majeur : les terres abandonnées pendant le conflit ont été occupées […]. Le retour des propriétaires légitimes provoque des tensions qui risquent de dégénérer en nouveaux conflits si aucune solution n’est anticipée », ont souligné les intervenants.
Cette rencontre s’inscrit dans une collaboration de plus de cinq ans entre le CREILHAC et la Fondation Konrad Adenauer. Paul Diédhiou a insisté sur le rôle de l’université, qui « ne doit pas être une tour d’ivoire », pour anticiper les crises liées au retour des déplacés. Les enquêtes révèlent des lacunes dans l’accompagnement de l’État, notamment via le Plan Diomaye pour la Casamance. Dans plusieurs villages frontaliers, la présence étatique reste faible. Les difficultés d’état civil – enfants nés en Guinée-Bissau sans extrait de naissance – fragilisent encore les familles.
L’insécurité liée à la culture du cannabis a également été évoquée. L’ANRAC a sollicité l’université pour une étude socio-économique visant à proposer des alternatives viables. « On ne peut pas leur dire d’arrêter sans alternative », a plaidé le chercheur. Le volet psychologique reste crucial : les traumatismes liés au conflit continuent de peser sur les individus et les communautés.
Le maire Ousmane Massali a livré un témoignage poignant. Depuis 1997, le conflit a durement frappé le département de Goudomp et la zone de Samine. « Tout le monde a été frappé », a-t-il déclaré, tout en exprimant son espoir que les documents remis aux autorités débouchent sur des décisions fortes.
L’administration sénégalaise, préfets, gouverneurs, juges, gendarmes et militaires sont de plus en plus accusés par les populations casamançaises de s’accaparer des terres ou de les allouer aux marabouts alliés à Touba, Tivaouane ou Niassène. (Voir le livre écrit par le colonel sénégalais Abdoulaye Aziz Ndaw : « Pour l’honneur de la gendarmerie sénégalaise ».)
Entre espoir de retour durable et défis persistants (foncier, accompagnement institutionnel, alternatives économiques, prise en charge des traumatismes), la Casamance se trouve à la croisée des chemins. La mémoire des violences reste vive, alors que la perspective d’une paix prochaine s’éloigne depuis la prise de pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et du Pastef.
Samsidine Badji (SAM)
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