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Casamance: Arfan Bassire Sonko, un illustre fils de la Casamance « oublié » par le Sénégal

Casamance:  Arfan Bassire Sonko, un illustre fils de la Casamance « oublié » par le Sénégal

C’est un grand visionnaire, un bâtisseur et un serviteur de son peuple dont son histoire devrait être enseignée dans les écoles pour service rendu. Les gouvernants Sénégalais ont délibérément rangé son passé et ses bonnes actions dans les oubliettes de l’histoire. Rare sont les nouvelles générations qui connaissent les œuvres cet illustre fils de la Casamance.

Né en 1860 à Bassire, Arfang est un des illustres fils de la Casamance qui a marqué son époque de par ses œuvres que par sa vision du monde.

En 1905, Arfang Bassire Sonko fut désigné Chef de village de Bessire, après l’attaque des populations de Bessire contre une colonie militaire française de passage pour le poste de Karthiack….Puis, en 1925, il monta à la tête du Canton après Ansoumana Diatta de Tendouck et Boubacar Sagna de Thionk-Essil. C’était sous le règne du Capitaine Carvel, Commandant du cercle de Bignona de 1923 à 1926. De 1925 à 1946, Arfang dirigea le canton des Djougouttes-Nord qui s’étendaient de Diégoune à Djimande, jusqu’à Ediamath (ou Djigothe).

L’occasion s’offre peut-être de rappeler que le cercle de Bignona fut créé le 20 Novembre 1917, et sa division en cantons à compter du 17 Avril 1924.
Dans son environnement de l’époque, fortement imprégné des pratiques et croyances animistes, Arfang Bassire Sonko prit la décision de rompre d’avec ses anciennes convictions pour se convertir à l’Islam .C’est auprès du marabout Kaoussou Diaïté qu’il embrassa l’Islam.

Cet évènement constitua un tournant majeur dans sa vie. Ce fut aussi et surtout un défi qu’il assuma.

Comme on pouvait s’y attendre, cet acte entraina derrière lui de nombreux prosélytes qui adoptèrent la religion du Prophète Mohamed (Paix sur Lui). C’est dans ce sens qu’Arfang enverra son fils Mamadou Bitiké Sonko à l’Ecole arabe en Mauritanie chez Mouhamed Aïdara. Mamadou Bitiké reviendra de la Mauritanie avec une solide formation coranique. Il est aujourd’hui l’actuel Imam de Bessire….

Maintenant qu’il est porté à la tête du canton, Arfang, en homme sage et visionnaire, s’attela de toutes ses forces à des travaux.

Tel fut le sens de lutte d’Arfang Bassire Sonko contre la maladie et contre l’ignorance. En effet après les travaux de Tobor qui mène vers Ziguinchor, Arfang refusa l’offre d’argent de la part du Gouvernement à St-Louis. En lieu et place de l’argent, Arfang demanda, en guise de paiement de cette main-d’œuvre, la création d’écoles et de dispensaires au niveau de son canton. N’est-ce pas là un acte patriotisme et de nationalisme offert ainsi à la face du monde ?

C’est en 1930 qu’il demande à l’administration coloniale de l’époque la création de plusieurs écoles dans son canton. Et ainsi c’est à cette date que sera implantée l’Ecole de Bessire en premier lieu, suivie de celle des villages de Kartiack, de Thionk-Essil et par effet de contagion de nombreux autres centres scolaires – du reste, il n’est pas étonnant que l’ancien canton des Djigouttes – Nord , actuellement compris dans la Sous-Préfecture de Tendouck soit de nos jours , l’une des circonscriptions les plus scolarisées du Pays .

Comme tous les grands hommes en avance sur leur époque, Arfang Bassire Sonko était incompris de la plupart de ses contemporains.

Toutefois, l’histoire notera , si ce n’est déjà fait, qu’il fut sans conteste, l’un des précurseurs les plus achevés de l’Ecole Sénégalaise – A l’analyse, ce combat presque obsessionnel que Arfang Bassire Sonko mena en faveur de la scolarisation, dans un environnement souvent rétif à cette idée, obéissant bien à des raisons et à des objections que les données de l’histoire contemporaine éclairent singulièrement.

En effet, ayant compris très tôt, compte-tenu du rythme croissant de la démographie et de la complexité inéluctable des rapports entre l’homme et la nature et de la vie en général, le travail agricole ne suffirait pas à faire vivre les générations à venir au sein de son canton.

Cette vision prophétique de l’avenir justifie, moins d’un demi-siècle après, tout le sens de son combat.

Il s’agissait pour lui, grâce à l’institution scolaire, d’offrir la possibilité aux enfants de son canton et de la Casamance, d’avoir de nouveaux débouchés et de gagner dignement leur vie. Si bien qu’aujourd’hui, il existe dans presque chaque foyer de l’ancien canton d’Arfang Bassire Sonko un cadre de l’administration Sénégalaise ou du privé capable de subvenir aux besoins de sa famille et de lui épargner les affres de la faim et de la misère.

Sous ce rapport le mérite d’Arfang Bassire Sonko aura été de cerner le présent de son époque pour mieux penser l’avenir.

Patriote ardent, penseur, philosophe, les populations du Sud du Sénégal lui sont redevables d’avoir posé sur leurs fonds baptismaux les premiers jalons de l’Ecole Sénégalaise, le désenclavement ont de la région et l’organisation de l’économie.

Le Capitaine Fondacci, Commandant de compagnie d’infanterie de Marine parlant d’Arfang Bassire Sonko disait :  »Arfang était le plus grand chef de canton qu’ait connu la Subdivision. Il a construit la chaussée de Port Meyer, la route du Blouf, 6 écoles dans son canton ».

N’est pas là une raison de plus pour son histoire soit enseignée dans les écoles. La dimension de l’homme dépasse largement le fait de lui donner le nom d’un CEM dans la commune de Bignona. Les sources nous expliquent qu’aller à l’école pour un enfant était une obligation dans le canton d’Arfang Bassire Sonko. Tout parent qui, ne respectait pas cette obligation tombé sous les sanctions très strictes du Chef de canton.

De son coté, dans un de ses ouvrages célèbres, qui fait autorité et qui s’intitule  » Bignona en Casamance, » le Commandant Touze, qui fut administrateur civil de la Subdivision de Bignona, a résumé en des termes saisissants la vie d’Arfang Bassire Sonko : » Il était, écrit-il, le plus vieux chef, peut-être le plus grand qu’ait jamais connu la Subdivision. Il a vécu intensément son époque. En dépit de la cristallisation contre Arfang Bassire Sonko, des inimitiés et des jalousies, il est resté l’homme des grandes réalisations, celui dont le nom, a le plus imprégné l’histoire de la plus riche région de la Subdivision le Blouf. »

Arfang Bassire Sonko rendit l’âme le Vendredi 28 février 1955 vers 17 heures à l’hôpital de Ziguinchor.

C’est bien par les principales routes qu’il a fait construire que la dépouille mortelle de l’illustre disparu a pu regagner sa dernière demeure.

Son corps repose à Bessire, son village natal, qu’il aima.

Abouké Sagna

 

Commentaires (4)

  • Katakalousse

    Hallo Abouké, je salue ton témoignage, mon papa est de cette époque et il m’a un peu raconté.
    Madia de France sera content de savoir un peu de l’histoire de sa famille. Merci au journal du pays qui nous plonge dans notre propre histoire et notre vraie identité

  • Essamaye Bignona

    Il a construit pour son canton: « Arfang était le plus grand chef de canton qu’ait connu la Subdivision. Il a construit la chaussée de Port Meyer, la route du Blouf, 6 écoles dans son canton ». Ce canton n’était donc pas sénégalais n’est pas et en 1960 on nous dit que la Casamance est devenue sénégalaise ???? une histoire à dormir debout !!!
    C’est bien donc les vrais casamançais qui peuvent s’occuper du développement de la Casamance.

  • Teesito

    C’est un homme remarquable et nationaliste. Ne l’oublions pas. Nous sommes tous censés respecter et honorer. Il a fait des œuvres utiles. Ce n’est pas important que le Sénégal l’oubli. C’est nous de la Casamance qui devrons pas oublier nos martyrs et notre histoire. Le Sénégal la cachera toujours…..

  • nksaneparis

    Je porte une correction le Chef de Canton qui succéda Ansoumana Diatta de Tendouck était Boubacar Sagna de Thionk-Essyl , mais originaire de Diégoune avant Alfang Sonko de Bessire.

    Je vous remercie beaucoup.

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